Dans les nuages
— Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
— Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
— Tes amis ?
— Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
— Ta patrie ?
— J’ignore sous quelle latitude elle est située.
— La beauté ?
— Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
— L’or ?
— Je le hais comme vous haïssez Dieu.
— Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
— J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !
Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869
VARIATIONS INTEMPORELLES (extrait)
IL SUFFIRAIT D’UN GRAIN DE SABLE
POUR UN COLLIER DE PERLES
« Une huitre dit à sa voisine : « J’ai une très grande douleur en moi. C’est lourd et rond et je suis désespérée.
Et l’autre huitre répondit avec une satisfaction hautaine : « Loué soient les cieux et la mer, je n’ai aucune douleur en moi, je vais bien et suis en bonne santé à la fois dedans et dehors. »
A ce moment -là, un crabe passa et entendit les deux huitres et il dit à celle qui allait bien : « Oui, tu vas bien et tu es en bonne santé à la fois dedans et dehors, mais la douleur que porte ta voisine est une perle d’une incroyable beauté. »
Khalil Gibran
LE VRAI LIEU
Lire en Poche, c’est 27.000 visiteurs sur 3 jours, 100 auteurs invités chaque année – dont une quinzaine d’étrangers, et une trentaine d’auteurs jeunesse. Du côté des scolaires, c’est plus d’une centaine de rencontres d’auteurs dans des classes, soit près de 3.000 élèves de la Maternelle au Lycée impliqués dans la programmation.
Lire en Poche, ce sont 11 librairies indépendantes présentant toutes les collections de poche, trois jours de rencontres d’auteurs en continu, des petits déjeuners littéraires, des lectures, du spectacle vivant, des ateliers pour tous les publics y compris les tout-petits, des expositions, des jeux, des concerts...
AUX FILMS DU JOUR
Octobre 2023
COUP DE CHANCE !
La dernière cuvée de Woody Allen colore l’écran d’une palette d’automne qui fait du cinéaste un peintre de génie, celle qui nous manque dans la réalité, l’été ayant desséché les feuilles avant leur envol. Consolation du septième art sur l’écran noir de nos nuits trop chaudes.
Palette trop belle pour être vraie comme un mariage parfait !
C’est ailleurs qu’il faut se tourner, suggère Woody Allen, dans un ailleurs de l’Amour. Alors, peut-être, sans doute même, la palette si belle rejoindra-t-elle un réel sublimé : c’est la nature qui a raison ?
Laisser faire la vraie vie dans le poiein, c’est-à-dire dans la création artistique tous genres confondus.
Woody et Rimbaud dans le même bateau ?
Ivres !
Un autre cinéaste de talent, Aki Kaurismaki, offre, dans FEUILLES MORTES, un automne moins flamboyant, mais tout en nuances ombre et lumière de l’âme humaine, un automne âpre et désolant dans un contexte social désespérant. Ni la solitude, ni le travail harassant, ni la vie quotidienne sans avenir, ni l’alcoolisme, ni la guerre en Ukraine ne manquent, seul, dans ce fatras, l’amour sortira vainqueur : nos cœurs défaillent entre deux chansons montant d’un jukebox vintage et Chaplin s’en va au loin, clopin clopant.
« Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte. »
Paul Verlaine,
Poèmes saturniens
Bienvenue au fil de la poésie des jours dans la pluralité des arts et de l'humeur...
"Quand on cesse d'aimer, quand on s'arrête de boire, quand on renonce à l'addiction stupéfiante d'une drogue, quand on se sèvre du tabac et de l'éparpillement dans l'air de la fumée parfumée et colorée et imprévisible et délicieuse, par-delà les pressions en saccades de la souffrance, au-delà des états paniques que l'absence ou bien la frustration déclenche, on éprouve de singuliers instants, de curieux moments d'extase de carence qui s’accompagnent d'une impression de dessillement."
Pascal Quignard
«Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre !»
Marcel Proust
"La lucidité est la blessure la plus proche du soleil"
René Char
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