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Articles récents

De quelques fragrances

19 Octobre 2024

L’odorat est le plus mystérieux de nos principaux sens

L’odorat est le plus mystérieux de nos principaux sens

Le parfum

Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d’encens qui remplit une église,
Ou d’un sachet le musc invétéré ?

Baudelaire

Une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats. Ce que nous appelons la réalité est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultanément – rapport que supprime une simple vision cinématographique, laquelle s’éloigne par-là d’autant plus du vrai qu’elle prétend se borner à lui – rapport unique que l’écrivain doit retrouver pour en enchaîner à jamais dans sa phrase les deux termes différents. (…) Même, ainsi que la vie, quand en rapprochant une qualité commune à deux sensations, il dégagera leur essence commune en les réunissant l’une et l’autre pour les soustraire aux contingences du temps, dans une métaphore. »

Marcel Proust, (Le Temps retrouvé)

 

"– Qui veut de mes violettes doubles rouges? criait-elle.
– Moi, Madame Colê…ê…tte! répondait l'inconnaissable de l'Est, plaintif et féminin.
– Prenez!
Le petit bouquet, noué d'une feuille aqueuse de jonquille, volait en l'air, recueilli avec gratitude par l'Orient plaintif.
– Qu'elles sentent donc bon! Dire que je n'arrive pas à élever les pareîl…eî…lles !
"Naturellement", pensais-je. Et j'étais près d'ajouter: "C'est une question de climats…"

Colette (Sido)

L’adieu

J’ai cueilli ce brin de bruyère

L’automne est morte souviens-t’en

Nous ne nous verrons plus sur terre

Odeur du temps brin de bruyère

Et souviens-toi que je t’attends

Apollinaire

Cet enfant a dit: "Oh! ça c'est l'odeur de ma maîtresse quand elle se met en colère parce que je n'ai pas fait mes devoirs."

Cité par RYOKO SEKIGUCHI dans (L'appel des odeurs) ( "C’est venu d’une expérience qui n’était pas très agréable. J’ai eu le Covid et j’ai perdu l’odorat pendant un long mois. Et comme toujours, l’absence appelle l’omniprésence, vu que je ne pouvais pas sentir, j’imaginais que tout avait une odeur, même la tristesse ou l’espoir avaient leur propre odeur. Pour moi, l’odeur est liée à l’imaginaire." Ryoko S.)

 

INCIPIT de "La mémoire des odeurs"

"Dans une bibliothèque,

Certains reconnaissent à leur odeur le pain à l’épeautre d’automne, les multiples variétés de menthe, ou encore les différents états du bois ou du caoutchouc. D’autres identifient au nez les stations de métro, la température de l’huile, les produits de teinture pour cuir ou pour les cheveux.Elle était de ceux qui peuvent distinguer les différents parfums de l’encre, du papier, et même de la colle utilisée pour la reliure des livres. Enfant, avant même d’avoir appris à lire, elle retrouvait dans sa bibliothèque le livre précis que ses parents lui demandaient. Ils la félicitaient, croyant, dans leur naïveté parentale, que leur fille était un génie précoce, qu’elle pouvait déjà lire les titres ou recon-naître les images. Pourtant, il y a fort à parier que c’est à l’odeur du livre qu’elle se repérait."

 

+

 

« Avec les vêtements, on peut se déguiser. Mais même tout nu, on reste humain. Alors qu’avec les parfums, on peut devenir une pierre, une cathédrale, du caoutchouc. Il y a des milliers de possibilités. »
 

"La mémoire des odeurs est située dans une partie très archaïque du cerveau et chaque souvenir olfactif ravivé produit une émotion sans pareille. Proust compare les odeurs à des âmes qui espèrent, à des fantômes prêts à se réincarner. Les odeurs sont vivantes, ­elles viennent vous visiter. Persistantes et immatérielles, elles sont des corps ambigus sur lesquels il est difficile de mettre des mots. Ryoko Sekiguchi cherche dans l’écriture à retenir ce qui s’éloigne, les sensations volatiles, les odeurs, les saveurs, les voix qu’on n’entendra jamais plus. L’Appel des odeurs est un recueil aussi composite qu’un parfum, rassemblant fragments d’un « carnet d’odeurs » constitué de phrases glanées dans les conversations ou dans les livres, feuilles ­tombées, courtes fictions. Tous évoquent une histoire d’odeur ou de sensibilité aux parfums et s’efforcent de décrire des lieux et des situations par leur atmosphère olfactive." Le Monde

 

Amoureux des mots, de la scène, Alexandre Hewani crée des parfums comme des pièces de théâtre. Ces fragrances sont des invitations à l’émotion. Voici, créé par ce parfumeur génial, le parfum de l'Odyssée pour Homme et Femme
Il s'appelle, évidemment, PERSONNE

 

PERSONNE, parfum de l'Odyssée a été lancé en 2023. Le nez derrière ce parfum est Alexandre Isaie Helwani. Les notes de tête sont Cannabis, Céleri, Cyprès, Romarin, Poire, Baies de genévrier, Feuille de laurier et Myrte; les notes de coeur sont Davana, Fenugrec, Caroubier, Feuille de figuier, Immortelle, Bourgeon de peuplier et Jacinthe; les notes de fond sont Mousse de chêne, Algue, Blé, Son de blé, Feuille de violette, Cèdre, Orge et Liatris.

Pouvez-vous choisir 3 mots pour décrire Personne? La ruse - La tendresse - L'espérance.

 

PERSONNE

PERSONNE

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CUEILLETTE D'AUTOMNE

18 Octobre 2024

CUEILLETTE D'AUTOMNE

"-Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais respiré une fleur. Il n'a jamais regardé une étoile. Il n'a jamais aimé personne. Il n'a jamais rien fait d'autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi: "Je suis un homme sérieux! Je suis un homme sérieux!" et ça le fait gonfler d'orgueil. Mais ce n'est pas un homme, c'est un champignon!
-Un quoi?
-Un champignon!

Le petit prince était maintenant tout pâle de colère." 

(Le Petit Prince: A de St Exupéry)

CUEILLETTE D'AUTOMNE

"Ecrire, c'est rendre par la justesse, la justice à sa vie"

 

Edouard Louis

"L'éffondrement"

CUEILLETTE D'AUTOMNE

"Au début on aime ses parents, ensuite on les juge,

enfin on leur pardonne."

 

Thibault de Montaigu

"Coeur"

CUEILLETTE D'AUTOMNE

"Quand je serai couleur d'automne

 Sous l'arbre que feuille abandonne

 L'oiseau nichera sur mon sein

 En attendant prenez-en soin"

 

Gréco

 

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LA MEMOIRE ET LA VOIX

17 Octobre 2024

"Une voix c'est un résultat d'une personne, de ce qu'elle est, de ce qu'elle pense, de ce qu'elle a vécu, peut-être de ce qu'elle vivra. Enfin, c'est un résultat, ce n'est pas une chose affectée qu'on a choisie. Ça se trouve plus que ça ne se travaille."

Sami Frey

Il se souvient de Pérec qui se souvient de son époque et lui offre sa voix:

 

Sami Frey

Sami Frey

"Ces « je me souviens » ne sont pas exactement des souvenirs, et surtout pas des souvenirs personnels, mais des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine d'être mémorisées, elle ne méritaient pas de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'Etat, des alpinistes et des monstres sacrés. 

Il arrive pourtant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir, entre amis ; c'était une chose qu'on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de la porter, un geste, ou quelque chose d'encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie. 

GEORGES PEREC

LA MEMOIRE ET LA VOIX
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"Proust est immense parce qu'il nous parle de notre faiblesse"

16 Octobre 2024

Laure Murat

Laure Murat

Laure Murat témoigne : "Proust est immense parce qu'il nous parle de notre faiblesse"
L'historienne et écrivaine Laure Murat, vous le savez, est née dans le milieu que Marcel Proust décrit dans "À la recherche du temps perdu" : comment ce monument de la littérature française, aussi intimidant que drôle et palpitant, a-t-il changé sa vie intimement ?
 
"Proust est immense parce qu'il nous parle de notre faiblesse"

Dans l'émission du 4 octobre dernier , Le souffle de la pensée, Laure Murat répond aux questions, parce qu'elle est enthousiaste, de façon à donner envie de lire Proust avec simplicité. Si on est déjà "fan" ce sera un plaisir de l'écouter, si ce n'est pas le cas ce sera un petit "pan" de curiosité ...

 
 
"Le langage enferme, mais Proust ouvre tout, alors même qu'il a passé sa vie dans sa chambre",
 
Laure Murat
 
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Le grain aux colombes

15 Octobre 2024

Le grain aux colombes

      Pense aux autres, Mahmoud Darwich

Quand tu prépares ton petit-déjeuner,
pense aux autres.
(N'oublie pas le grain aux colombes.)

Quand tu mènes tes guerres, pense aux autres.
(N'oublie pas ceux qui réclament la paix.)

Quand tu règles la facture d'eau, pense aux autres.
(Qui tètent les nuages.)

Quand tu rentres à la maison, ta maison,
pense aux autres.
(N'oublie pas le peuple des tentes.)

Quand tu comptes les étoiles pour dormir,
pense aux autres.
(Certains n'ont pas le loisir de rêver.)

Quand tu te libères par la métonymie,
pense aux autres.
(Qui ont perdu le droit à la parole.)

Quand tu penses aux autres lointains,
pense à toi.
(Dis-toi : Que ne suis-je une bougie dans le noir ?)

In Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin © Actes Sud 2007, p.13

 

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Une Nouvelle incontournable

14 Octobre 2024

Voici UNE NOUVELLE ( épistolaire )  A NE PAS IGNORER

Maîtresse du genre

"INCONNU A CETTE ADRESSE" ( en entier dans le lien )

Ils sont tous deux allemands. L’un est juif, l’autre non, et leur amitié semble indéfectible. Ils s’expatrient pour fonder ensemble une galerie d’art en Californie, mais, en 1932, Martin rentre en Allemagne.

Kresmann Taylor

Kresmann Taylor

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"En mâchant des pétales de roses"

13 Octobre 2024

 

"Nathanaël, je te dirai tous les jardins que j’ai vus :

 

À Florence on vendait des roses : certains jours la ville entière embaumait. Je me promenais chaque soir aux Cascine et le dimanche aux jardins Boboli sans fleurs.

À Séville, il y a, près de la Giralda, une ancienne cour de mosquée ; des orangers y poussent par places régulières ; le reste de la cour est dallé ; les jours de grand soleil, on n’y a qu’une petite ombre restreinte ; c’est une cour carrée, entourée de murs ; elle est d’une grande beauté ; je ne sais pas t’expliquer pourquoi.

Hors de la ville, dans un énorme jardin clos de grilles, croissent beaucoup d’arbres des pays chauds ; je n’y suis pas entré, mais, à travers les grilles, j’ai regardé ; j’ai vu courir des pintades et j’ai pensé qu’il y avait là beaucoup d’animaux apprivoisés.

Que te dirai-je de l’Alcazar ? jardin semblant de merveille persane ; je crois, en t’en parlant, que je le préfère à tous. J’y pense en relisant Hafiz :

 

« Apportez-moi du vin — Que je tache ma robe ! —
Car je chancelle d’amour — Et l’on m’appelle sage… »

 

Des jeux d’eaux sont préparés dans les allées ; les allées sont dallées de marbre, bordées de myrtes et de cyprès. Des deux côtés sont des bassins de marbre, où les courtisanes du roi se lavaient. On n’y voit d’autres fleurs que des roses, des narcisses et des fleurs de laurier. Au fond du jardin, il y a un arbre gigantesque, où l’on se figure un bulbul épinglé. Près du palais, d’autres bassins de très mauvais goût rappellent ceux des cours de la Présidence à Munich, où il y a des statues faites tout en coquilles.

C’est dans les jardins royaux de Munich que j’allais, un printemps, goûter les glaces à l’herbe de mai, près d’une obstinée musique militaire. Un public inélégant, mais mélomane. — Le soir s’enchantait de pathétiques rossignols. Leur chant m’alanguissait, comme d’une poésie allemande. — Il est une certaine intensité de délices que l’homme peut à peine dépasser — et non sans larmes. Les délices mêmes de ces jardins me faisaient presque douloureusement songer que j’aurais aussi bien pu être ailleurs. — C’est pendant cet été que j’appris à jouir plus particulièrement des températures. Les paupières sont admirablement aptes à cela. Je me souviens d’une nuit en wagon que je passai devant la fenêtre ouverte, uniquement à goûter l’attouchement du souffle plus frais ; je fermais les yeux, non pour dormir, mais pour cela. La chaleur avait été durant tout le jour étouffante et, ce soir, l’air encore très tiède pourtant parut frais et comme liquide à mes paupières enflammées.

 

À Grenade, les terrasses du Généraliffe, plantées de lauriers roses, n’étaient pas fleuries lorsque je les vis ; — ni le Campo Santo de Pise ; ni le petit cloître de Saint-Marc, que j’aurais souhaité plein de roses… Mais à Rome, le Monte Pincio, je l’ai vu dans la plus belle saison ; durant les après-midi accablantes, on y venait chercher de la fraîcheur. Demeurant auprès, je m’y promenais chaque jour. J’étais malade et ne pouvais penser à rien ; la nature me pénétrait ; aidé par un trouble des nerfs, je ne sentais parfois plus à mon corps de limites ; il se continuait plus loin ; ou parfois, voluptueusement, devenait poreux comme un sucre ; je fondais. — Du banc de pierre où j’étais assis, l’on cessait de voir Rome qui m’exténuait ; on dominait les jardins Borghèse, dont le contrebas mettait au niveau de mes pas les cimes un peu lointaines des plus hauts pins… ô terrasses ! terrasses, d’où l’espace s’est élancé. Le vent sur les ramures dominées… ô ! navigation aérienne…

J’aurais voulu, la nuit, rôder dans les jardins Farnèse ; mais on n’y laisse pas pénétrer…

Admirables végétations sur ces ruines dissimulées.

À Naples, il y a des jardins bas qui suivent la mer comme un quai et laissent entrer le soleil.

À Nîmes, la Fontaine, pleine d’eaux claires canalisées.

À Montpellier, le jardin botanique. Je me souviens qu’avec Ambroise, un soir, comme aux jardins d’Académus, nous nous assîmes sur une tombe ancienne, qui y est tout entourée de cyprès ; et nous causions lentement en mâchant des pétales de roses.

Nous avons, une nuit, vu du Pérou, la mer lointaine et que la lune argentait ; auprès de nous s’ébruitaient les cascades du château d’eau de la ville ; des cignes noirs frangés de blanc nageaient sur le bassin calmé.

À Malte, dans les jardins du résident je vins lire ; il y avait à Citta Vecchia un bois très petit de citronniers ; on l’appelait « il Boschetto » ; nous nous y plûmes ; et nous mordîmes des citrons mûrs, dont la saveur première est d’une acidité intolérable, mais qui laisse après dans la bouche un arôme rafraîchissant. Nous en avons mordu aussi dans les cruelles Latomies de Syracuse.

Dans le parc de La Haye circulent des daims point trop sauvages.

Du jardin d’Avranches on voit le Mont-Saint-Michel, et les sables lointains, au soir, semblent une matière embrasée. — Il y a de très petites villes qui ont des jardins charmants ; on oublie la ville ; on oublie son nom ; on souhaite revoir le jardin, mais on ne sait plus y revenir.

Je rêve aux jardins de Mossoul ; on m’a dit qu’ils sont pleins de roses. Ceux de Kashpur, Omar les a chantés, et Hafiz les jardins de Shiraz ; nous ne verrons pas les jardins de Nashpur.

Mais à Biskra je connais les jardins de Ouardi. Des enfants y gardent les chèvres.

À Tunis, il n’y a pas d’autre jardin que le cimetière. À Alger, au jardin d’essai (des palmiers de toute espèce) j’ai mangé des fruits que je n’avais avant jamais vus. — Et de Blidah ! Nathanaël, que dirai-je ?

Ah ! douce est l’herbe du Sahel ; — et tes fleurs d’orangers ! et tes ombres ! suaves les odeurs de tes jardins… Blidah ! Blidah ! petite rose ! — au début de l’hiver, je t’avais méconnue. Ton bois sacré n’avait de feuilles que celles qu’un printemps ne renouvelle pas ; et tes glycines et tes lianes semblaient des sarments pour la flamme. La neige descendue de tes montagnes t’approchait ; je ne pouvais me réchauffer dans ma chambre, et moins dans tes jardins pluvieux. Je lisais la Doctrine de la Science de Fichte et me sentais redevenir religieux. J’étais doux ; je disais qu’il faut se résigner à sa tristesse et je tâchais de faire de tout cela de la vertu. — Maintenant j’ai secoué là-dessus la poussière de mes sandales ; qui sait où le vent l’a portée ? — poussière du désert où j’ai rôdé comme un prophète ; — pierre trop aride effritée ; — à mes pieds elle fut brûlante (car le soleil l’avait énormément chauffée). — Dans l’herbe du Sahel, à présent, que mes pieds se reposent ! Que toutes nos paroles soient d’amour !

Blidah ! Blidah ! fleur du Sahel ! petite rose ! Je t’ai vue tiède et parfumée, pleine de feuilles et de roses. La neige de l’hiver avait fui. Dans ton jardin sacré luisait mystiquement ta mosquée blanche et la liane ployait sous les fleurs. Un olivier disparaissait sous les guirlandes qu’une glycine lui faisait. L’air suave apportait le parfum qui s’élevait des fleurs d’oranges et même les mandariniers grêles embaumaient. Du plus haut de leurs hautes branches les eucalyptus délivrés laissaient tomber leur vieille écorce ; elle pendait, protection usée, comme un habit que le soleil fait inutile, comme ma vieille morale qui ne valait que pour l’hiver."

André Gide, (Les nourritures terrestres in LIVRE III )

"En mâchant des pétales de roses"
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Quelques touches dans l'air du temps

12 Octobre 2024

 

S'il te plaît,

Parle-moi du moment présent 

...

Quelques touches dans l'air du temps

Le moment présent

Virevolte au vent d'automne

  Chipe-le

Il t'échappe

  Chope-le

Il se moque

  Embrasse-le

Il s'embrase

  Étreins - le

Il t'effeuille

   Dis, quand reviendras-tu ?

Quelques touches dans l'air du temps

S'il te plaît, 

Parle-moi du matin

...

Je te parlerai du silence

Du chant du rossignol

Quand tombe le mot

Saphir royal marin

Carré de soie d'orient

Pour écrire la page

A l'encre sympathique.

Quelques touches dans l'air du temps


S'il te plaît,
Parle moi de la nuit
...

De celle de Van Gogh
La seule

Regarde les étoiles
Pierres précieuses
Qui te regardent

 

Quelques touches dans l'air du temps

'Regarde le soir comme si le jour y devait mourir ;

Et le matin comme si toute chose y naissait.

Que ta vision soit à chaque instant nouvelle.

Le sage est celui qui s’étonne de tout."

 

André Gide (Les nourritures terrestres)

 
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Un Nouveau Nobel

11 Octobre 2024

                                      HAN KANG,

                        PRIX NOBEL DE LITTERATURE

 

Han Kang est née en 1970 à Gwangju (Corée du Sud). Elle a étudié la littérature à l'université de Yonsei, à Séoul. Ainsi qu'on le lit sur la page de son éditeur Grasset, elle a débuté sa carrière littéraire comme poétesse puis a publié son premier roman à l'âge de 24 ans. Elle a remporté en 2016 le Man Booker International Prize pour La Végétarienne, publié au Serpent à Plumes.

Le Figaro littéraire a lu son dernier roman Impossibles adieux, prix Médicis 2023, publié chez Grasset en 2023. Le journaliste Alexandre Fillon avait eu ces mots élogieux : « Une chose est certaine, c'est un livre qui ne s'oublie pas et vous hante une fois refermé. »

Han Kang a « une conscience unique des liens entre le corps et l’âme, les vivants et les morts, et, par son style poétique et expérimental, elle est considérée comme novatrice dans le domaine de la prose contemporaine », a dit devant la presse le président du comité Nobel Anders Olsson.

 

(Le Figaro +Le Monde)

Han Sang

Han Sang

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
"La neige tombe éparse. Le champ où je me trouve s'étend sur une colline hérissée de milliers d'arbres noirs sans cimes ni branches, de troncs nus. Ils sont de taille légèrement variées, comme des personnes d'âges différents. Il ne sont guère plus épais qu'une traverse de voie ferrée mais courbés, tordus, l'ensemble évoquant une frise composée de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants maigres qui se tiendraient sous la neiges, épaules voûtées.
Je marche entre les troncs noirs sur lesquels se sont posées des flocons de neige semblables à des cristaux de sel, et derrière chaque arbre s'élève un tumulus. Si je m'arrête soudain, c'est que je sens sous mes baskets comme des petits clapotis. C'est bizarre, me dis-je, alors que l'eau monte jusqu'au-dessus de mon pied. L'autre extrémité du champ que je prenais pour une terre s'étirant vers l'horizon est en réalité une mer. Et la marée continue de monter. La mer monte de plus en plus vite. La marée fait-elle vraiment cet aller-retour deux fois par jour ? Les ossements des tombeaux au pied de la colline sont-ils tous , emportés par le reflux qui ne laisse subsister que les tumuli ?"   Impossibles amours
"
 
 
 
 
 

 
Un Nouveau Nobel
 
 
 
 
 
 
DERNIÈRES LUMIÈRES

«  La neige tombe.
Sur mon front et sur mes joues.
Sur ma lèvre supérieure et sur mon cou.

Elle n’est pas froide.
Elle est comme des plumes .
Juste le poids de la pointe d’un pinceau .

Ma peau est- elle gelée ? .
Est- elle en train de se couvrir de neige comme le visage
d’un mort? .
Mes paupières ne sont pas froides .Je sens la neige qui
tombe dessus.
Elle fond en gouttelettes d’eau claire et mouille
les contours de mes yeux » .
 
 
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Avec ce regard-là

10 Octobre 2024

Avec ce regard-là

L'homme qui peignait (surtout) les hommes

Le musée d'Orsay questionne les masculinités à travers
le pinceau de Gustave Caillebotte

 

Les cireurs de plancher

Les cireurs de plancher

"Gustave Caillebotte s'est penché sur des figures masculines au cœur d'une modernité constante. S'inspirant des hommes de son environnement –ses frères, ses amis, des passants, des ouvriers, le peintre a su capturé l'essence d'une masculinité en mouvement. L'art de Caillebotte se caractérise par une profonde modernité dans les cadrages proposés mais aussi dans les personnalités esquissées : l'ouvrier urbain ou encore l'homme nu "
(Connaissance des arts)
Homme à sa toilette

Homme à sa toilette

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