Il y a lieu d'être. Oléron, Juin 2024
"Un trait de gouache brune
Un chapelet de roches en prière
Le feu dans les eaux matricielles
Aux cieux, le calumet de la paix."
Anny C.
"Night and day
La nuit efface les rides des eaux
Ces lumières à la verticale
C'est la nuit étoilée de Van Gogh"
Anny C.
Tu me danses
Sortilège
Étreinte douce
La musique serre le cœur
Sur le sable
Nos empreintes s’effacent
Là-bas
Ça pirouette au tympan des rochers
Et la musique à claire voix"
Et c'est l'été 2024
"Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.
Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de cœur.
Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout."
(...)
Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912, extrait.
dabadabada
Réplique: "Autrefois je demandais aux hommes d'être beaux, charmants, maintenant je leur demande seulement d'être sincères") A.A.
Anouk Aimée s'est effacée discrètement comme une belle tulipe noire laisse tomber ses derniers pétales velours.
Voici l' émission de Radio France que j'ai choisie pour l'évoquer... c'est très émouvant...
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Une émission autour des musiques ayant entouré l'actrice légendaire d'Un Homme et une femme", disparue à l'âge de 92 ans.
https://www.radiofrance.fr/fip/podcasts/certains-l-aiment-fip/les-musiques-d-anouk-aimee-4786843
Anouk Aimée, de son vrai nom Françoise Judith Sorya Dreyfus, est née à Paris le 27 avril 1932. Elle est la fille de la comédienne Geneviève Sorya (Durand) et du comédien Henry Murray (Dreyfus). Elle prend le nom de sa mère (Durand) pour échapper au port de l'étoile jaune. La jeune fille se destinait au métier de pharmacienne ou à une carrière de danseuse classique lorsqu’à quatorze ans, le réalisateur Henri Calef lui propose de jouer dans son film La maison sous la mer, adapté du roman de Paul Vialar sur les mines de fer de Dielette, en Normandie. Aux côtés de Viviane Romance elle joue le rôle d'Anouk, une jeune serveuse. C'est ce prénom qu'elle prend comme nom d'artiste auquel Jacques Prévert ajoute "Aimée".
En 1947, la très jeune Anouk Aimée tournait aux côtés d'Arletty, Paul Meurisse, Martine Carol, Jean-Roger Caussimon et Serge Reggiani, à Belle-Île-en-Mer sous la caméra de Marcel Carné dans La Fleur de l’âge, dont le scénario est co-signé par Jacques Prévert. Ce film inachevé par manque d'argent, est inspiré de la révolte d'enfants survenue en 1934 dans une terrible maison pénitentiaire de l’île. A l'évasion de 56 fuyards, les autorités avaient répondu par une chasse avec prime pour capturer les enfants.
En 1948 elle retrouve Serge Reggiani sur le film d'André Cayatte, Les amants de Vérone, dont le scénario est signé par Jacques Prévert .** A l'image du drame de Shakespeare, Roméo et Juliette, qu'une équipe tourne au même moment, deux jeunes gens qui doublent les vedettes du film, revivent la même passion tourmentée et la violence d’un destin social prédéterminé. Joseph Kosma est le compositeur de la bande originale .
Elle vit l'aventure du quartier de Saint Germain des Prés notamment grâce au cabaret-théâtre La Rose rouge fondé par son mari Nico Papatakis. Ce lieu mythique a été un tremplin pour des nombreux artistes comme Les Frères Jacques, Juliette Gréco, Yves Robert ... Lors de son union avec le réalisateur en 1951, Jean Genet lui offrait l'écriture du film Mademoiselle réalisée plus tard par Tony Richardson.
C'est Fellini qui lui donne le goût du cinéma sur La dolce vita et lui apprend à ne pas se prendre au sérieux. Elle le suit de nouveau sur 8 1/2” avec le même partenaire, Marcello Mastroianni et la musique de Nino Rota.
En 1961, Jacques Demy l'impose pour le rôle de Lola dans son film dédicacé au cinéaste de la Nouvelle Vague, Max Ophüls. Anouk Aimée incarne la chanteuse de cabaret. La bande originale mêle la Septième de Beethoven avec les compositions de Michel Legrand qui avait remplacé au pied levé Quincy Jones, contraint de s'occuper de son big-band. Michel Legrand pose alors sa marque et révolutionne le genre du film musical.
L'actrice fait une pose de sept ans pour se consacrer à sa famille fondée avec l'acteur Albert Finney à Londres avant que le cinéma la rappelle. Elle a tourné avec Fellini, Vittorio de Sica, Bertolucci, Agnès Varda, Becker, Cukor, Lumet, Lelouch, Kaurismaki ... mais lorsque l'on évoque le nom d'Anouk Aimée c'est le film Un homme et une femme qui vient immédiatement à l'esprit et la chanson dabadabada dont les paroles ont écrites par son deuxième mari Pierre Barouh. Le thème du film, chanté par Nicole Croisille et Pierre Barouh, a été repris plus de 200 fois .
Cinquante deux ans après le film de Claude Lelouch, Un homme, une femme, Anne et Jean-Louis se retrouvent en Normandie pour reprendre leur histoire où ils l’avaient laissée, interprétés par Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant qui semblent ne pas jouer la comédie, comme l'a souhaité le réalisateur. Les plus belles années d'une vie commence dans le parc d'une maison de retraite. Lui ne la reconnait pas mais elle lui rappelle quelqu'un. Et cet air inoubliable de Francis Lai reprend le fil de l'histoire :Pince sans rire!
EN RANDONNEE
Ben...alors?
Vous le savez maintenant, Benjamin Vautier dit BEN s’est donné la mort à Nice quelques heures après le décès de son épouse Annie, avec laquelle il était marié depuis 60 ans.
"Avec pour thèmes de prédilection l’ego, le doute, la mort ou encore la vérité, ses écritures à la graphie ronde et enfantine analysent, critiquent, ironisent, sondent l’histoire de l’art et le monde qui nous entoure. Passionné et enthousiaste, penseur et provocateur, impertinent et incisif, Ben Vautier dit Ben a développé sur soixante ans de carrière une œuvre prolifique qui reflète ses états d’âme et questionne le rôle et la place de l’art dans nos vies. Dans la filiation des dadaïstes et de Marcel Duchamp, ce pionnier et digne ambassadeur du mouvement Fluxus a su abolir les frontières, débordant volontiers du cadre du champ artistique, pour investir avec intelligence l’espace public et les rayons papeterie. Ses installations, ses performances et ses aphorismes, véritables matières à penser, concentrent toutes les énergies du monde, font sourire, incitent à la réflexion et se partagent à l’envi. Comme l’art, Ben est partout. Comme Ben, nous sommes « tous ego »." Nathalie Dassa(ART interview)
Ce cher FRANZ
"Franz Kafka est mort il y a cent ans, le 3 juin 1924. Tout a été dit depuis un siècle à propos de l’auteur du « Procès » et de « La Métamorphose », observe Léa Veinstein. A la fois classique et contemporain, il est tour à tour considéré comme « le » grand écrivain tout court, le grand écrivain juif, le grand écrivain anarchiste, l’écrivain de la Loi, le prophète des totalitarismes… Une chose est certaine : son œuvre kaléidoscopique et insaisissable, universelle et intemporelle, ne cesse de nous troubler." ( Léa Veinstein via Le Monde)
Dans "Nid d'abeille" (2023) P 57,58 je citai ce témoignage qui m'avait émue, (un écho en lien avec cette lettre):
« Dora Diamant à qui l’on demandait pourquoi Kafka lui avait fait une si forte impression, répondait qu’il lui était apparu dès le premier soir comme l’incarnation de ce qu’était un authentique être humain. Elle racontait l’anecdote suivante : quand le dîner s’est achevé ce soir - là, un petit garçon a glissé et est tombé parterre, tous les autres gamins étaient sur le point d’éclater de rire mais Kafka les a pris de court en disant au petit garçon : « Comme tu es bien tombé, et avec quelle grâce tu t’es relevé ! »
Dora a vu comment il avait sauvé le petit garçon de la honte, de l’humiliation, et elle a compris combien Kafka essayait de sauver chacun, chaque chose… » (Radio France)
SORTIR DES SENTIERS BATTUS
« Mon cœur est fait de branches de sapin
Entremêlées à toutes les saisons du monde
Je dors pour mieux tapisser tes rêves
Et celui du chasseur en quête d’une terre
Où il pourra alimenter son envie d’être libre
De marcher en admirant les courbes des rivières
De nourrir sa faim et d’assouvir sa soif »
(Née de la pluie et de la terre/ Doucey ed.)
Nymphéas et aubépines en fleurs
"Ce que Proust avait fait avec les mots, en transformant ses sensations et son observation du monde, en un corpus immatériel de caractères d'imprimerie, Monet le fera avec des couleurs et des pinceaux. Ce qui est à l' œuvre dans cette transsubstantation qui occupera les dernières années de sa vie, c'est la conversion de la substance éphémère et palpitante de la vie, en une matière purement picturale.
(...)
Monet est devenu peinture, il est devenu paysage d'eau, fluidité, onde, souffle. Les heures passent, immobiles dans l'atelier, elles passent dans le temps à jamais suspendu des Nymphéas. Monet peut fermer les yeux et lâcher prise, peindre les Nymphéas aura été pour lui la plus apaisante des extrêmes - onctions."
Jean Philippe Toussaint (L'instant précis où Monet entre dans l'atelier.)
"Je le trouvai [le chemin] tout bourdonnant de l’odeur des aubépines. La haie formait comme une suite de chapelles qui disparaissaient sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoir ; au-dessous d’elles, le soleil posait à terre un quadrillage de clarté, comme s’il venait de traverser une verrière ; leur parfum s’étendait aussi onctueux, aussi délimité en sa forme que si j’eusse été devant l’autel de la Vierge, et les fleurs, aussi parées, tenaient chacune d’un air distrait son étincelant bouquet d’étamines, fines et rayonnantes nervures de style flamboyant comme celles qui à l’église ajouraient la rampe du jubé ou les meneaux du vitrail et qui s’épanouissaient en blanche chair de fleur de fraisier. Combien naïves et paysannes en comparaison sembleraient les églantines qui, dans quelques semaines, monteraient elles aussi en plein soleil le même chemin rustique, en la soie unie de leur corsage rougissant qu’un souffle défait."
Marcel Proust, court extrait, Les aubépines (La Recherche)
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