Un atelier d'écriture TALENTS à l'ïle d'Oléron
En bord de mer, Le Neptune veillait aux bons soins de ses résidents.Nous avons écrit et lu devant la plage , sous la palette des eaux tantôt parme, tantôt turquoises, tantôt brunes, suivant l'heure et la météo. Un voilier passait. Un oiseau plongeait. Nous étions envoûtés par le mood. D'ailleurs à un moment donné, nous avons écrit des textes sur les vagues musicales de "In the mood for love"! Dans le rythme, les mots se sont posés, des amis ont dansé, la salle de bar qui nous fut offerte contenait un piano. Nadia joua.Des notes s'envolèrent, in the mood for nous! Je ne peux vous résumer les paysages intérieurs qui se dévoilèrent à nos lectures, ni les quatrains qui naquirent à partir de nos photos, ni nos traces-empreintes de nos journaux intimes mais le cercle des neuf que nous fûmes a témoigné lors de son dernier mot d'un moment de grâce.
Anny C.
"Ici
Vagues d’attente
En ricochets de temps
De près de loin
Plus près encore
Ça m ’balance
Au murmure du vent
Tu me danses
Dans les bras des algues feux
De près de loin
Plus près encore
Sur ton aile
Une hirondelle violoncelle
Tu me danses
Sortilège
Étreinte douce
Ombres cuivre
La musique serre le cœur
Mélancholia."
Anny C.
Sans pareil
Bouillon de culture, dernière
Le texte:"Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles, – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers."
RMRilke
"-Mon mot favori ? Aujourd'hui" Bernard Pivot
Il avait donné un ton d'émission littéraire, pivotait du regard d'un invité à l'autre, un demi sourire aux lèvres, donnait l'impression d'être dilettante tout en aimant passionnément les Mots! Il l'a dit, il l'a écrit. D'abord il a ouvert des guillemets, puis s'est mis à apostropher des écrivains, des personnalités , dans un bouillon de culture à sa façon, pour enfin ouvrir le dictionnaire et se mettre à faire ce par quoi d'autres ont commencé: dicter!
C'était avec lui, des rendez-vous réjouissants, il donnait envie !
Sa mort surprend malgré son âge,(il y a des gens comme ça), Bernard Pivot emporte avec lui "les années apostrophes" pétillantes et jubilatoires
Vous connaissez ce texte qu'il a écrit en vieillissant ?
Sans doute, le revoici:
« J’aurais pu dire :
Vieillir, c’est désolant, c’est insupportable,
C’est douloureux, c’est horrible,
C’est déprimant, c’est mortel.
Mais j’ai préféré « chiant »
Parce que c’est un adjectif vigoureux
Qui ne fait pas triste.
Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira.
Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant.
On était bien dans sa peau.
On se sentait conquérant. Invulnérable.
La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien…. Même à soixante.
Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j’ai vu le regard des jeunes…..
Des hommes et des femmes dans la force de l’âge qui ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.
J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard.
Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables.
Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge.
Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants.
« Avec respect », « En hommage respectueux », « Avec mes sentiments très respectueux ».
Les salauds ! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons !
Et du ‘cher Monsieur Pivot’ long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !
Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place…
J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. !!!… ?
– « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que ».
– Moi aussitôt : « Vous pensiez que ? »
– « Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. »
– « Parce que j’ai les cheveux blancs ? »
– « Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça a été un réflexe, je me suis levée. »
– « Je parais beaucoup… beaucoup plus âgé que vous ? »
– « Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge. »
– « Une question de quoi, alors ? »
– « Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois. »
J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.
Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien.
Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni au rêve.
Rêver, c’est se souvenir, tant qu’à faire, des heures exquises.
C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.
C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie.
La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.
J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’Adagio du Concerto n° 23 en La majeur de Mozart, soit, du même, l’Andante de son Concerto n° 21 en Ut majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.
Nous allons prendre notre temps.
Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.
Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ?
Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital.
Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.
Après nous, le déluge ?… Non, Mozart. »
Va dans les bois, va
Dans la forêt, se trament troncs, clairières et ombres dans cette exposition: "arborescence", une vraie traversée sensible.
Pierre-Luc Poujol est né en 1963 à Alès dans les Cévennes.
En 1984, il entame de brillantes études aux arts appliqués de Bordeaux d’où il sort major de promotion (Premier prix de dessin, premier prix de perspectives, premier prix de croquis).
Après avoir partagé son temps entre la France et les Etats-Unis pendant plusieurs années, il installe définitivement en 2018 son atelier dans le Sud de la France, près de Montpellier.
Influencé par les racines paysannes de son grand-père agriculteur et bercé par l’environnement spirituel de son père pasteur, Pierre-Luc Poujol développe très tôt une sensibilité au monde et à la nature qui l’entoure.
Désormais penser autrement, embrasser le temps pour qu'il s'embrase !
"Si on apprenait à ralentir, à profiter et à faire la différence entre l'essentiel et le superflu, si on apprenait à retrouver notre 'tortue intérieure' ? "
Eloge de la lenteur/Carl Honoré
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"Puisque je n'ai plus le temps, je le prends"
Christian Bobin
https://www.radiofrance.fr/franceculture/eloge-de-la-lenteur-3052691
QUELQUES ECLAIRS
La foudre
Extrait : "Une ouvreuse me plaça dans une loge de bois rouge. Deux mille ans de civilisation s’évanouirent. La pensée qui me chaperonnait depuis toujours défit sa chevelure et s’assit à mon côté. Les croupes neigeuses des chevaux qui valsaient en déféquant et le murmure extasié des enfants m’émurent de vérité vivante. La panthère noire promenait sa luxueuse fourrure de chez Dieu. Le crottin sortait plus royalement des fesses du cheval que les phrases du cerveau d’un lettré. Conciles d’ours blancs, messes de tigres jaunes, communions aériennes : cette poudrière de poésie attendait son étincelle. Levant la tête vers la coupole, je contemplai l’immense vélum aux quartiers multicolores émus de souffles chauds. J’étais à l’intérieur d’une Illumination."
Lydie Dattas, La foudre.
OÙ COMMENCE LE MYTHE, OÙ FINIT LA RÉALITÉ?
Tous ceux qui parlent des merveilles
Leurs fables cachent des sanglots
Et les couleurs de leur oreille
Toujours à des plaintes pareilles
Donnent leurs larmes pour de l'eau
Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu'il voit
Ce qu'il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix
Ses secrets partout qu'il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé
Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l'ai quitté
Et les teintes d'aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d'une nuit d'été
Automne automne long automne
Comme le cri du vitrier
De rue en rue et je chantonne
Un air dont lentement s'étonne
Celui qui ne sait plus prier
Les Adieux et autres poèmes
ARTHUR T.
Ce chanteur-poète du groupe Chatterton a chanté L'affiche rouge le jour de l'intronisation du groupe Manouchian au Panthéon, vous devez vous en souvenir. Il tient Léo Ferré pour un très grand et La Mémoire et la mer comme le poème à emporter sur son île déserte, comme moi !
Il a de Baudelaire le désir de poésie et l'élégance du dandy, il a de Rimbaud la passion du poème et le prénom, il a d'Apollinaire, de Lautréamont, de Breton, d' Eluard... cette foi dans les mots dans tous leurs états, il a de Christian Bobin la délicate attention un peu désuète de la parole juste, en creux, amoureuse éperdue,(c'est lui qui le dit) , il a pratiqué le "poème de l'instant", dans le genre du "poème métro",et plus exactement du "poème minute" de Breton que j'ai fait vivre en atelier d'écriture. Il fête la poésie immédiate, à cueillir comme un papillon léger dans un filet sans maille et il a créé un lieu à Paris pour faire vivre cet éphémère(Le déversoir). Il publie donc un recueil témoin: L'adresse. Son goût du partage le définit.
Vivant, en rage poétique bienfaitrice, il plaît et je me dis que le monde n'est donc pas tout à fait perdu quoiqu'on die!
Ecoutez le parler
Ecoutez le chanter
LA GRÂCE au 25 ème printemps des poètes, contribution
Acrostiche
Le fruit d’ Or
A mûri en silence
Grenade aux grains goûteux
Riche de perles en feu
Âme rouge étoilée
Cri du cœur
Extase bienheureuse !
Haïku
Une fugue de Bach
Dans le cœur des bambous
Divine présence
Écriture sur toile et musique *
Sous la pluie des notes
Palpitent les pépites
D’un cœur dix-huit carats
Par la grâce touchée
Comme file une étoile
Une flammèche d’or
Embrase la musique
Dans le tableau danse le coryphée
Anny C.
* Toile : Fabienne Verdier, ‘Topographies imaginaires’ / Musique : Maurice Ravel , ‘Jeux d’eaux’
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