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IN SITU

23 Octobre 2024

IN SITU

"La situation, ou situs, était une des dix catégories (concepts fondamentaux) d'Aristote : par exemple, être couché, être assis. Mais ce sont les philosophes contemporains (également les sociologues) qui ont élargi cette notion et imposé son crédit. Au sens le plus large, la situation est un état complexe résultant de l'interaction, à un moment déterminé, d'un vivant ou d'une personne avec son environnement physique, affectif, social (éventuellement culturel, intellectuel, historique). En un sens plus précis (qui est celui de Sartre), la situation est, pour chacun d'entre nous, sa position au milieu du monde, avec les concours et les obstacles que ce monde enferme et qui conditionnent la réalisation d'un projet personnel ; elle est corrélative de l'action d'un sujet, qui tend à dépasser le donné vers une fin ; elle consiste dans le fait d'être là et d'être par-delà ; elle est un mixte de contrainte et de liberté. Karl Jaspers a forgé l'expression de situations limites pour désigner des modes d'être de la condition humaine, ceux qui lui sont spécifiques et qu'elle ne peut ni récuser ni modifier."

— Henry DUMÉRY

IN SITU

SITUTION D'ECRITURE SELON SARTRE

 

 

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Y a du courrier, facteur ?

22 Octobre 2024

Y a du courrier, facteur ?

On connaît la lettre qu'Albert Camus a adressée à son instituteur, après son Prix Nobel de littérature. On connaît moins les lettres de son instituteur, voici donc les deux :

1 CAMUS A Monsieur GERMAIN,

 "19 novembre 1957

Cher Monsieur Germain,

J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous
parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je
n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’ai appris la nouvelle, ma première pensée, après
ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au
petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela
ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur, mais celui-là est du
moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour
vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont
toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre
reconnaissant élève.
Je vous embrasse, de toutes mes forces."

Albert Camus

Camus, enfant

Camus, enfant

     Monsieur GERMAIN à Albert CAMUS, après avoir reçu de lui, le texte du discours du Nobel,

 

       "  30 Avril 1959

Mon cher petit,

(…) Je ne sais t’exprimer la joie que tu m’as faite par ton geste gracieux ni la manière de te remercier. Si c’était possible, je serrerais bien fort le grand garçon que tu es devenu et qui restera toujours pour moi « mon petit Camus».

(…) Qui est Camus ? J’ai l’impression que ceux qui essayent de percer ta personnalité n’y arrivent pas tout à fait. Tu as toujours montré une pudeur instinctive à déceler ta nature, tes sentiments. Tu y arrives d’autant mieux que tu es simple, direct. Et bon par-dessus le marché ! Ces impressions, tu me les a données en classe. Le pédagogue qui veut faire consciencieusement son métier ne néglige aucune occasion de connaître ses élèves, ses enfants, et il s’en présente sans cesse. Une réponse, un geste, une attitude sont amplement révélateurs. Je crois donc bien connaître le gentil petit bonhomme que tu étais, et l’enfant, bien souvent, contient en germe l’homme qu’il deviendra. Ton plaisir d’être en classe éclatait de toutes parts. Ton visage manifestait l’optimisme. Et à t’étudier, je n’ai jamais soupçonné la vraie situation de ta famille, je n’en ai eu qu’un aperçu au moment où ta maman est venue me voir au sujet de ton inscription sur la liste des candidats aux Bourses. D’ailleurs, cela se passait au moment où tu allais me quitter. Mais jusque-là tu me paraissais dans la même situation que tes camarades. Tu avais toujours ce qu’il te fallait. Comme ton frère, tu étais gentiment habillé. Je crois que je ne puis faire un plus bel éloge de ta maman.

J’ai vu la liste sans cesse grandissante des ouvrages qui te sont consacrés ou qui parlent de toi. Et c’est une satisfaction très grande pour moi de constater que ta célébrité (c’est l’exacte vérité) ne t’avait pas tourné la tête. Tu es resté Camus: bravo. J’ai suivi avec intérêt les péripéties multiples de la pièce que tu as adaptée et aussi montée: Les Possédés. Je t’aime trop pour ne pas te souhaiter la plus grande réussite: celle que tu mérites.

Malraux veut, aussi, te donner un théâtre. Je sais que c’est une passion chez toi. Mais.., vas-tu arriver à mener à bien et de front toutes ces activités ? Je crains pour toi que tu n’abuses de tes forces. Et, permets à ton vieil ami de le remarquer, tu as une gentille épouse et deux enfants qui ont besoin de leur mari et papa. A ce sujet, je vais te raconter ce que nous disait parfois notre directeur d’Ecole normale. Il était très, très dur pour nous, ce qui nous empêchait de voir, de sentir, qu’il nous aimait réellement. « La nature tient un grand livre où elle inscrit minutieusement tous les excès que vous commettez.» J’avoue que ce sage avis m’a souventes [sic] fois retenu au moment où j’allais l’oublier. Alors dis, essaye de garder blanche la page qui t’est réservée sur le Grand Livre de la nature.

Andrée me rappelle que nous t’avons vu et entendu à une émission littéraire de la télévision, émission concernant Les Possédés. C’était émouvant de te voir répondre aux questions posées. Et, malgré moi, je faisais la malicieuse remarque que tu ne te doutais pas que, finalement, je te verrai et t’entendrai. Cela a compensé un peu ton absence d’Alger. Nous ne t’avons pas vu depuis pas mal de temps…

Avant de terminer, je veux te dire le mal que j’éprouve en tant qu’instituteur laïc, devant les projets menaçants ourdis contre notre école. Je crois, durant toute ma carrière, avoir respecté ce qu’il y a de plus sacré dans l’enfant: le droit de chercher sa vérité. Je vous ai tous aimés et crois avoir fait tout mon possible pour ne pas manifester mes idées et peser ainsi sur votre jeune intelligence. Lorsqu’il était question de Dieu (c’est dans le programme), je disais que certains y croyaient, d’autres non. Et que dans la plénitude de ses droits, chacun faisait ce qu’il voulait. De même, pour le chapitre des religions, je me bornais à indiquer celles qui existaient, auxquelles appartenaient ceux à qui cela plaisait. Pour être vrai, j’ajoutais qu’il y avait des personnes ne pratiquant aucune religion. Je sais bien que cela ne plaît pas à ceux qui voudraient faire des instituteurs des commis voyageurs en religion et, pour être plus précis, en religion catholique. A l’École normale d’Alger (installée alors au parc de Galland), mon père, comme ses camarades, était obligé d’aller à la messe et de communier chaque dimanche. Un jour, excédé par cette contrainte, il a mis l’hostie « consacrée» dans un livre de messe qu’il a fermé ! Le directeur de l’École a été informé de ce fait et n’a pas hésité à exclure mon père de l’école. Voilà ce que veulent les partisans de « l’École libre » (libre.., de penser comme eux). Avec la composition de la Chambre des députés actuelle, je crains que le mauvais coup n’aboutisse. Le Canard Enchaîné a signalé que, dans un département, une centaine de classes de l’École laïque fonctionnent sous le crucifix accroché au mur. Je vois là un abominable attentat contre la conscience des enfants. Que sera-ce, peut-être, dans quelque temps? Ces pensées m’attristent profondément.

Sache que, même lorsque je n’écris pas, je pense souvent à vous tous.

Madame Germain et moi vous embrassons tous quatre bien fort. Affectueusement à vous."

 

Germain Louis

 

Louis Germain

Louis Germain

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Un air d'arrière saison

21 Octobre 2024

Monet,chrysanthèmes

Monet,chrysanthèmes

ARRIERE SAISON=NAGORI en japonais, avec la nostalgie que ce mot contient.

 

La sensibilité naît des mots : on ne saurait sentir ce qui n'a pas de nom” (Ryoko Sekiguchi)

 

Haïku:
 

"Quel nagori nous affecte le plus durement,

La séparation d'avec les fleurs

Ou la séparation d'avec le printemps?" (Fushimi'in)

 

Nagori laisse des traces comme l'empreinte laissée par les vagues le long de la plage...

...sorte de saudade japonaise.

PIERRE SOULAGES en voyage au Japon avait noté:"Ce qui était très beau dans cette cloche de bronze perdue dans la campagne humide et dans la nuit, c'était la manière qu'elle avait de s'en aller dans l'espace, la manière dont le son avait de nous quitter." Ce qu'il a ressenti c'est la même sensation que celle qui laisse le dernier fruit de la saison dans la bouche. ce  goût de nagori comme pour se dire au revoir avant de se séparer.

Dans mon recueil "NID D'ABEILLE" j'écrivais...

"Tu penses à quoi ?

Je ne pense pas, la vie bat sa mesure.

Les Japonais nomment Nagori, le sentiment de ce qui s’en va. Quand le regard raccompagne l’hôte jusqu’à sa disparition au tournant de la route,(ce qui porte en japonais, le nom d’Omioki), naissent de nouvelles tonalités qui patinent les âmes et parfument l’instant.

Avec l’été nouveau né, revient l’ardeur. Des orages annoncent sa naissance. Puis, vient ce silence matinal clair et nu comme du Mozart. Les notes-gouttes de l’olivier s’égrènent, le bambou-flûte joue tout bas sa partition, une caresse de soleil allume les buissons de roses, juin a filé pour laisser entrer dans la danse juillet vacancier et chaleureux. La cerise fait la belle, son rouge ciré me rappelle ma pivoine, fruit et fleur confondus font dans mon esprit, un mariage d’amour.

Souvenir de pivoine

Chair de cerise

Juste un noyau de différence" 

  P 7

Cette année-là, l’abeille-autrice, nichée au cœur d’une pivoine velours, doit violemment s’en extraire et partir faire son miel dans d’autres nids d’abeilles tissés de sensations, d’évocations, de souvenirs, de poésie. Dans ses alvéoles, l’espace libère du temps qui interroge les arcanes du désir de lieux : la forme fragmentaire épouse le mouvement de cette année-là qui ne peut, au fond, que se tisser et non se résumer.

Cette année-là, l’abeille-autrice, nichée au cœur d’une pivoine velours, doit violemment s’en extraire et partir faire son miel dans d’autres nids d’abeilles tissés de sensations, d’évocations, de souvenirs, de poésie. Dans ses alvéoles, l’espace libère du temps qui interroge les arcanes du désir de lieux : la forme fragmentaire épouse le mouvement de cette année-là qui ne peut, au fond, que se tisser et non se résumer.

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Sieste poétique

20 Octobre 2024

Van Gogh

Van Gogh

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De quelques fragrances

19 Octobre 2024

L’odorat est le plus mystérieux de nos principaux sens

L’odorat est le plus mystérieux de nos principaux sens

Le parfum

Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d’encens qui remplit une église,
Ou d’un sachet le musc invétéré ?

Baudelaire

Une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats. Ce que nous appelons la réalité est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultanément – rapport que supprime une simple vision cinématographique, laquelle s’éloigne par-là d’autant plus du vrai qu’elle prétend se borner à lui – rapport unique que l’écrivain doit retrouver pour en enchaîner à jamais dans sa phrase les deux termes différents. (…) Même, ainsi que la vie, quand en rapprochant une qualité commune à deux sensations, il dégagera leur essence commune en les réunissant l’une et l’autre pour les soustraire aux contingences du temps, dans une métaphore. »

Marcel Proust, (Le Temps retrouvé)

 

"– Qui veut de mes violettes doubles rouges? criait-elle.
– Moi, Madame Colê…ê…tte! répondait l'inconnaissable de l'Est, plaintif et féminin.
– Prenez!
Le petit bouquet, noué d'une feuille aqueuse de jonquille, volait en l'air, recueilli avec gratitude par l'Orient plaintif.
– Qu'elles sentent donc bon! Dire que je n'arrive pas à élever les pareîl…eî…lles !
"Naturellement", pensais-je. Et j'étais près d'ajouter: "C'est une question de climats…"

Colette (Sido)

L’adieu

J’ai cueilli ce brin de bruyère

L’automne est morte souviens-t’en

Nous ne nous verrons plus sur terre

Odeur du temps brin de bruyère

Et souviens-toi que je t’attends

Apollinaire

Cet enfant a dit: "Oh! ça c'est l'odeur de ma maîtresse quand elle se met en colère parce que je n'ai pas fait mes devoirs."

Cité par RYOKO SEKIGUCHI dans (L'appel des odeurs) ( "C’est venu d’une expérience qui n’était pas très agréable. J’ai eu le Covid et j’ai perdu l’odorat pendant un long mois. Et comme toujours, l’absence appelle l’omniprésence, vu que je ne pouvais pas sentir, j’imaginais que tout avait une odeur, même la tristesse ou l’espoir avaient leur propre odeur. Pour moi, l’odeur est liée à l’imaginaire." Ryoko S.)

 

INCIPIT de "La mémoire des odeurs"

"Dans une bibliothèque,

Certains reconnaissent à leur odeur le pain à l’épeautre d’automne, les multiples variétés de menthe, ou encore les différents états du bois ou du caoutchouc. D’autres identifient au nez les stations de métro, la température de l’huile, les produits de teinture pour cuir ou pour les cheveux.Elle était de ceux qui peuvent distinguer les différents parfums de l’encre, du papier, et même de la colle utilisée pour la reliure des livres. Enfant, avant même d’avoir appris à lire, elle retrouvait dans sa bibliothèque le livre précis que ses parents lui demandaient. Ils la félicitaient, croyant, dans leur naïveté parentale, que leur fille était un génie précoce, qu’elle pouvait déjà lire les titres ou recon-naître les images. Pourtant, il y a fort à parier que c’est à l’odeur du livre qu’elle se repérait."

 

+

 

« Avec les vêtements, on peut se déguiser. Mais même tout nu, on reste humain. Alors qu’avec les parfums, on peut devenir une pierre, une cathédrale, du caoutchouc. Il y a des milliers de possibilités. »
 

"La mémoire des odeurs est située dans une partie très archaïque du cerveau et chaque souvenir olfactif ravivé produit une émotion sans pareille. Proust compare les odeurs à des âmes qui espèrent, à des fantômes prêts à se réincarner. Les odeurs sont vivantes, ­elles viennent vous visiter. Persistantes et immatérielles, elles sont des corps ambigus sur lesquels il est difficile de mettre des mots. Ryoko Sekiguchi cherche dans l’écriture à retenir ce qui s’éloigne, les sensations volatiles, les odeurs, les saveurs, les voix qu’on n’entendra jamais plus. L’Appel des odeurs est un recueil aussi composite qu’un parfum, rassemblant fragments d’un « carnet d’odeurs » constitué de phrases glanées dans les conversations ou dans les livres, feuilles ­tombées, courtes fictions. Tous évoquent une histoire d’odeur ou de sensibilité aux parfums et s’efforcent de décrire des lieux et des situations par leur atmosphère olfactive." Le Monde

 

Amoureux des mots, de la scène, Alexandre Hewani crée des parfums comme des pièces de théâtre. Ces fragrances sont des invitations à l’émotion. Voici, créé par ce parfumeur génial, le parfum de l'Odyssée pour Homme et Femme
Il s'appelle, évidemment, PERSONNE

 

PERSONNE, parfum de l'Odyssée a été lancé en 2023. Le nez derrière ce parfum est Alexandre Isaie Helwani. Les notes de tête sont Cannabis, Céleri, Cyprès, Romarin, Poire, Baies de genévrier, Feuille de laurier et Myrte; les notes de coeur sont Davana, Fenugrec, Caroubier, Feuille de figuier, Immortelle, Bourgeon de peuplier et Jacinthe; les notes de fond sont Mousse de chêne, Algue, Blé, Son de blé, Feuille de violette, Cèdre, Orge et Liatris.

Pouvez-vous choisir 3 mots pour décrire Personne? La ruse - La tendresse - L'espérance.

 

PERSONNE

PERSONNE

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CUEILLETTE D'AUTOMNE

18 Octobre 2024

CUEILLETTE D'AUTOMNE

"-Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais respiré une fleur. Il n'a jamais regardé une étoile. Il n'a jamais aimé personne. Il n'a jamais rien fait d'autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi: "Je suis un homme sérieux! Je suis un homme sérieux!" et ça le fait gonfler d'orgueil. Mais ce n'est pas un homme, c'est un champignon!
-Un quoi?
-Un champignon!

Le petit prince était maintenant tout pâle de colère." 

(Le Petit Prince: A de St Exupéry)

CUEILLETTE D'AUTOMNE

"Ecrire, c'est rendre par la justesse, la justice à sa vie"

 

Edouard Louis

"L'éffondrement"

CUEILLETTE D'AUTOMNE

"Au début on aime ses parents, ensuite on les juge,

enfin on leur pardonne."

 

Thibault de Montaigu

"Coeur"

CUEILLETTE D'AUTOMNE

"Quand je serai couleur d'automne

 Sous l'arbre que feuille abandonne

 L'oiseau nichera sur mon sein

 En attendant prenez-en soin"

 

Gréco

 

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LA MEMOIRE ET LA VOIX

17 Octobre 2024

"Une voix c'est un résultat d'une personne, de ce qu'elle est, de ce qu'elle pense, de ce qu'elle a vécu, peut-être de ce qu'elle vivra. Enfin, c'est un résultat, ce n'est pas une chose affectée qu'on a choisie. Ça se trouve plus que ça ne se travaille."

Sami Frey

Il se souvient de Pérec qui se souvient de son époque et lui offre sa voix:

 

Sami Frey

Sami Frey

"Ces « je me souviens » ne sont pas exactement des souvenirs, et surtout pas des souvenirs personnels, mais des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine d'être mémorisées, elle ne méritaient pas de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'Etat, des alpinistes et des monstres sacrés. 

Il arrive pourtant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir, entre amis ; c'était une chose qu'on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de la porter, un geste, ou quelque chose d'encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie. 

GEORGES PEREC

LA MEMOIRE ET LA VOIX
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"Proust est immense parce qu'il nous parle de notre faiblesse"

16 Octobre 2024

Laure Murat

Laure Murat

Laure Murat témoigne : "Proust est immense parce qu'il nous parle de notre faiblesse"
L'historienne et écrivaine Laure Murat, vous le savez, est née dans le milieu que Marcel Proust décrit dans "À la recherche du temps perdu" : comment ce monument de la littérature française, aussi intimidant que drôle et palpitant, a-t-il changé sa vie intimement ?
 
"Proust est immense parce qu'il nous parle de notre faiblesse"

Dans l'émission du 4 octobre dernier , Le souffle de la pensée, Laure Murat répond aux questions, parce qu'elle est enthousiaste, de façon à donner envie de lire Proust avec simplicité. Si on est déjà "fan" ce sera un plaisir de l'écouter, si ce n'est pas le cas ce sera un petit "pan" de curiosité ...

 
 
"Le langage enferme, mais Proust ouvre tout, alors même qu'il a passé sa vie dans sa chambre",
 
Laure Murat
 
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Le grain aux colombes

15 Octobre 2024

Le grain aux colombes

      Pense aux autres, Mahmoud Darwich

Quand tu prépares ton petit-déjeuner,
pense aux autres.
(N'oublie pas le grain aux colombes.)

Quand tu mènes tes guerres, pense aux autres.
(N'oublie pas ceux qui réclament la paix.)

Quand tu règles la facture d'eau, pense aux autres.
(Qui tètent les nuages.)

Quand tu rentres à la maison, ta maison,
pense aux autres.
(N'oublie pas le peuple des tentes.)

Quand tu comptes les étoiles pour dormir,
pense aux autres.
(Certains n'ont pas le loisir de rêver.)

Quand tu te libères par la métonymie,
pense aux autres.
(Qui ont perdu le droit à la parole.)

Quand tu penses aux autres lointains,
pense à toi.
(Dis-toi : Que ne suis-je une bougie dans le noir ?)

In Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin © Actes Sud 2007, p.13

 

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Une Nouvelle incontournable

14 Octobre 2024

Voici UNE NOUVELLE ( épistolaire )  A NE PAS IGNORER

Maîtresse du genre

"INCONNU A CETTE ADRESSE" ( en entier dans le lien )

Ils sont tous deux allemands. L’un est juif, l’autre non, et leur amitié semble indéfectible. Ils s’expatrient pour fonder ensemble une galerie d’art en Californie, mais, en 1932, Martin rentre en Allemagne.

Kresmann Taylor

Kresmann Taylor

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