Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
annycejourd'hui etc.
Articles récents

ÊTRE PHILOSOPHE

4 Décembre 2024

PAUL RICOEUR

PAUL RICOEUR

DEMANDER PARDON :

 

 

      "Demander le pardon c'est courir le risque de ne pas être pardonné "

 

       LE RÔLE DU PHILOSOPHE :

 

     " Je suis comme un homme qui boîte "

REMBRANDT / LE PHILOSOPHE

REMBRANDT / LE PHILOSOPHE

Lire la suite
Publicité

HABITER LA LANGUE FRANCAISE

3 Décembre 2024

 
"La langue française, ma langue, ma personne, mon nom en quelque sorte. Sans le savoir, sans le vouloir, elle me donne sa beauté, sa douceur. Pour moi qui suis un îlien, un descendant de bretons émigrés à l'île Maurice, la langue française est mon seul pays, le seul lieu où j'habite. Par tout ce qu'elle porte de rural - les grandes plaines du nord et de l'ouest, les bocages, les rivières douces, les villages, les rites du blé et de la vigne, les secrets des dernières forêts - la langue française est munie d'éternité. Langue complète, faite de la graine et du son, langue métisse, c'est parce qu'elle est métisse que la langue française est si belle et si forte, et parce qu'elle est métisse, la langue française est toujours changeante, nouvelle, inventée, infusée des mots venus de l'Afrique, de Madagascar, de l'Inde, de la Polynésie, d'Israël, de Jordanie. Semblable au créole, encore vivante, encore mutante. Glissant le disait: "De toute parole autorisée, tu feras ton langage." Je voudrais tant que la langue française soit la langue de la liberté, la langue de l'espoir, qu'elle renonce à ses pouvoirs et à son or, à ses centuries, à ses Moruroa, à ses minorités, à son droit du sang, quand c'est elle, avec ses merveilleux rêves qui est le sang. Qu'elle porte toujours à ceux qui ont faim-de réalité-les effluves de la terre douce, les chants profonds, la poudre d'or qui flotte au-dessus des aires, et le babil léger de l'enfance comme pour faire durer éternellement le temps des cantilènes et des premiers romans. La langue française, si jeune et si forte, et mûre, ainsi, de tant d'expériences, doit être la terre d'asile de tous ceux que l'aliénation de l'ère industrielle menace, que l'intolérable tyranie du passé et l'injustice de la pauvreté, condamne, elle doit être leur mémoire, leur avenir." 
 
JMG LE CLEZIO  ( Droit dans les yeux, La Grande Librairie, 2024 )
 
 
"J'ai passé ma vie à être transformé par l'amour" JMGLC (Grand entretien)
 
 

 

Lire la suite

Hommage à Niels Arestrup

2 Décembre 2024

Hommage à Niels Arestrup

HOMMAGE et tristesse pour ... NIELS  ARESTRUP, le comédien, l'acteur "attractif" et le réalisateur qui ne montera plus sur scène, ni au théâtre, ni aux Césars. Il vient de quitter trop tôt, tréteaux et caméras !

Sa vraie présence crevait l'écran, semait un trouble sexy ou inquiétant. Acteur/comédien et homme engagé, pédagogue aussi, il émanait de sa voix une délicatesse, qui ne pouvait pas se révéler à la va - vite. Je me souviens d'avoir pris un verre près de lui avec une amie au bar des Bouffes du nord. Il n'était pas grand, tout était dans le regard et la dégaine. Silencieux, solitaire, mystérieux. 

"-Vous êtes un acteur comme l’était Michel Simon, Pierre Brasseur, Pierre Fresnay, vous n’y êtes pour rien, c’est ainsi. Si, un jour, un peu de chance s’en mêle, vous jouerez de grands textes"  lui dit, à ses débuts,Tania Balachova, son professeur d’art dramatique.

Lui, il disait qu'il avait eu "un accident de vie heureux". C'est exactement ça qui se devinait sur lui...comme une excuse et une affirmation de son talent.

Une violence en lui ? Sans doute la colère de l'écorché vif. "« de relation difficile avec lui-même et avec les autres. » dit-il à Laure Adler,

Anny C.

+

NB:

"On se souviendra de ses grandes interprétations, comme : La Cerisaie de Tchekhov mise en scène par Peter Brook, La Musica deuxième de Duras mis en scène par Bernard Murat, Étoiles de Pierre Laville mise en scène par Maurice Bénichou, Copenhague de Michael Frayn mise en scène par Mickael Blackemore, Quartett d’Henrich Müller mis en scène par Hans Peter Cloos, Diplomatie de Cyril Gély mis en scène par Stéphan Meldegg… En janvier, il aurait dû jouer dans la nouvelle pièce de sa femme, Mélancolie de la gloire au théâtre Antoine, la maladie a eu raison de lui et le rideau est définitivement tombé. Adieu Monsieur !

Marie-Céline Nivière (Le Monde)

Niels Arestrup a incarné le peintre Mark Rothko dans une pièce de John Logan, sur  la création artistique. C’était au Théâtre Montparnasse à Paris. ( pour laquelle il a eu le Molière )

Hommage à Niels Arestrup
Hommage à Niels Arestrup
Lire la suite

UN DIMANCHE ILLUMINE

1 Décembre 2024

UN DIMANCHE ILLUMINE

FLEURS

ARTHUR RIMBAUD

LES ILLUMINATIONS (1872/75)

Rimbaud/Picasso

Rimbaud/Picasso

"D’un gradin d’or, — parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, — je vois la digitale s’ouvrir sur un tapis de filigranes d’argent, d’yeux et de chevelures.

Des pièces d’or jaune semées sur l’agate, des piliers d’acajou supportant un dôme d’émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d’eau.

Tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses."

KLIMT

KLIMT

UN DIMANCHE ILLUMINE
Lire la suite
Publicité

"ANÁΓKH. ( en grec- fatalité)

30 Novembre 2024

 "J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse."        ARTHUR RIMBAUD, Les illuminations (1875)

"J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse." ARTHUR RIMBAUD, Les illuminations (1875)

C'était Fatal

’ANÁΓKH

Le roman Notre-Dame de Paris s’ouvre sur un graffiti (en grec) disparu, de même que Les Misérables s’achèveront par la disparition d’une épitaphe sur une pierre tombale du Père-Lachaise. Beaucoup plus loin dans le roman, Jehan Frollo verra son frère Claude inscrire ce graffiti sur la muraille de sa cellule : « Mon frère est fou, dit Jehan en lui-même ; il eût été bien plus simple d’écrire : Fatum ; tout le monde n’est pas obligé de savoir le grec. » (Notre-Dame de Paris, VII, 4) Et comme tout le monde n’est pas obligé de savoir le latin non plus, il eût encore été plus simple d’écrire : Fatalité, ou bien Nécessité.

Notre Dame de Paris, MATISSE (1904)

Notre Dame de Paris, MATISSE (1904)

"ANÁΓKH : Ces majuscules grecques, noires de vétusté et assez profondément entaillées dans la pierre, je ne sais quels signes propres à la calligraphie gothique empreints dans leurs formes et dans leurs attitudes, comme pour révéler que c’était une main du moyen âge qui les avait écrites là, surtout le sens lugubre et fatal qu’elles renferment, frappèrent vivement l’auteur.
Il se demanda, il chercha à deviner quelle pouvait être l’âme en peine qui n’avait pas voulu quitter ce monde sans laisser ce stigmate de crime ou de malheur au front de la vieille église.
Depuis, on a badigeonné ou gratté (je ne sais plus lequel) le mur, et l’inscription a disparu. Car c’est ainsi qu’on agit depuis tantôt deux cents ans avec les merveilleuses églises du moyen âge. Les mutilations leur viennent de toutes parts, du dedans comme du dehors. Le prêtre les badigeonne, l’architecte les gratte, puis le peuple survient, qui les démolit.
Ainsi, hormis le fragile souvenir que lui consacre ici l’auteur de ce livre, il ne reste plus rien aujourd’hui du mot mystérieux gravé dans la sombre tour de Notre-Dame, rien de la destinée inconnue qu’il résumait si mélancoliquement. L’homme qui a écrit ce mot sur ce mur s’est effacé, il y a plusieurs siècles, du milieu des générations, le mot s’est à son tour effacé du mur de l’église, l’église elle-même s’effacera bientôt peut-être de la terre.
C’est sur ce mot qu’on a fait ce livre."
 

Mars 1831 / Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1832.

 

Notre-Dame de Paris

de Gérard de Nerval

Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,
Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde
Rongera tristement ses vieux os de rocher !

Bien des hommes, de tous les pays de la terre
Viendront, pour contempler cette ruine austère,
Rêveurs, et relisant le livre de Victor :
— Alors ils croiront voir la vieille basilique,
Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique,
Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !

Gérard de Nerval, Odelettes (1834)

Lire la suite

AU SOLEIL

29 Novembre 2024

AU SOLEIL

"La chevelure en bataille, l’œil perçant, campée devant une porte rouge, Ariane Mnouchkine déchire les billets d’entrée. Cela fait 60 ans qu’elle se porte ainsi à la rencontre de ses spectateurs, venus du monde entier pour applaudir sa manière singulière de faire vivre le théâtre. Tout commence en 1964, à Paris. Parce qu’ils aiment le théâtre par-dessus tout, une dizaine d’étudiants décident d’en faire leur métier. Pour que leur rêve devienne réalité, ces acteurs débutants engagent chacun 900 francs dans la fondation d’un collectif professionnel. C’est ainsi que, le 29 mai, naît le Théâtre du Soleil. À sa tête, tenant les rênes de l’aventure pour ne plus jamais les lâcher, une jeune patronne de 25 ans. Elle s’appelle Ariane Mnouchkine, et plutôt que de hanter les couloirs de la Sorbonne, elle veut être metteur en scène. Elle le sait déjà, le théâtre tel qu’elle le conçoit sera exigeant, populaire et accessible à tous."  

 

2024

2024

Née en 1939 à Boulogne-Billancourt, Ariane Mnouchkine est metteuse en scène, scénariste, comédienne et réalisatrice. En 1964, elle fonde le Théâtre du Soleil, une troupe défendant un théâtre populaire et humaniste, structurée autour du travail collectif. Passionnée d'Histoire et artiste engagée, elle milite dans sa vie et à travers ses oeuvres, qui représentent pour elle un moyen "d'éclairer le passé pour mieux s'armer face à l'avenir".

 

1969

1969

ET AUJOURD'HUI...

"Lettre au public

Cher public, ancien et nouveau, chers amis connus ou encore inconnus,

Enfin ! Le Théâtre du Soleil est heureux de vous annoncer la création de son prochain spectacle :

Ici sont les Dragons
Un grand spectacle populaire inspiré par des faits réels
En plusieurs époques

 

Comment vous parler de ce nouveau spectacle sans révéler quoi que ce soit qui puisse vous gâcher le plaisir de votre propre découverte ? C'est toujours le dilemme de ce modeste traditionnel courrier annonciateur. Vous tenter, mais sans rien dire, sinon que ce spectacle est né de la sombre émotion que nous avons partagée, vous et nous, le 24 février 2022, à l'annonce de la tentative d'invasion, d'asservissement, de destruction de l'Ukraine par la Russie de Poutine. Comment, au XXIe siècle, en est-on arrivé là ?
Nous nous sommes donc plongés dans l'Histoire et peu à peu avons compris, que pour commencer à raconter février 2022, il nous fallait remonter jusqu'à février 1917. Oui, cela allait être une longue saga. Une Iliade. Un Mahabaratha.
Voilà pourquoi, si les dieux du théâtre nous prêtent vie, ce sera un spectacle en plusieurs époques dont :

La Première Époque
1917, la Victoire était entre nos mains
sera créée
mercredi 27 novembre 2024, à 19h30
sous nos nefs
à la Cartoucherie

Notre location téléphonique ouvrira le lundi 21 octobre, dès 11h. C'est demain ! Et vous, nos fidèles, vous qui nous soutenez en accompagnant notre travail depuis tant d'années, vous savez à quel point c'est dès le début que nous avons besoin de vous. Alors, s'il vous plaît, à vos téléphones !

À bientôt, pour, ensemble, célébrer le théâtre. Et donc, la vie.

Le Théâtre du Soleil

Lire la suite

A POINT

28 Novembre 2024

Photo Anny C/ BASSIN D'ARCACHON

Photo Anny C/ BASSIN D'ARCACHON

"-Que fais-tu

Traceur d'équilibre?

--J'aiguise ma lucidité"

 

Zeno Bianu (D'un univers funambule)

"UN POINT OUVERT DANS LE CIEL

 

"Grand temps

Il est grand temps de revenir à ce point..."

POINT BLEU

A POINT

« Comme le dit splendidement Bachelard : "D’abord il n’y a rien, puis il y a un rien profond, ensuite il y a une profondeur bleue. ».
Pourquoi le bleu, rétorquera-t-on, et pas le vert, le rouge, le jaune ?
Parce que le bleu ouvre un espace inimitable, où la puissance le dispute à la transparence.
Le bleu ? Il réenchante en continu. C’est le maître de l’éblouissement. Il suffit de le nommer pour que les sensations et images se télescopent - Belmondo au visage peinturluré de bleu dans Pierrot le fou (1965), les pinceaux vivants d’Yves Klein, Mallarmé glissant éperdu dans l’azur, la « blue note » souveraine de Chet Baker, etc.
Nous vivons dans une planète bleutée dont les habitants portent majoritairement des blues jeans.
Avec le bleu, nous sommes tous des chasseurs d’infini. » 

Zéno Bianu

Lire la suite

Et patati et patata

27 Novembre 2024

Les causeuses de Camille Claudel

Les causeuses de Camille Claudel

Le mot
Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;
TOUT, la haine et le deuil ! Et ne m’objectez pas
Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.
Écoutez bien ceci : tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l’oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce MOT — que vous croyez qu'on n’a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,
Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe,
Entre, arrive et railleur, regardant l’homme en face
Dit : « Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »
Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel.
 
V.HUGO
 
 
"Le vrai silence vient au bout des mots,
mais les mots justes ne naissent qu'au sein du silence"
 
François Cheng
Lire la suite
Publicité

Les voix de la résonance

26 Novembre 2024

 

 

"La traversée des apparences" Virginia Woolf

 

Photo Anny C. / Cerf-volant marin

Photo Anny C. / Cerf-volant marin

 

"C'est faux de dire "Je pense"

On devrait dire "On me pense"

Je est un autre"  Arthur Rimbaud

 

Portrait d’Arthur Rimbaud, 1872. (Jean-Louis Forain)

Portrait d’Arthur Rimbaud, 1872. (Jean-Louis Forain)

 

"L'harmonie invisible

 Plus belle que la visible" Héraclite

Photo Anny C./ Des ronds dans l'eau.

Photo Anny C./ Des ronds dans l'eau.

 

"Au diapason de soi,

Ressentir le parfum de la rose

Et l’offrir au non-moi,

À l' autre, dans l'ouvert" 

Anny C.

 

 

Les voix de la résonance

 

« Misérable à mon gré, qui n’a chez soi où être à soi,
où se faire particulièrement la cour, où se cacher ! »
 

Montaigne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Misérable à mon gré, le trop impitoyable' Anny C.

Lire la suite

MYTHO ??

25 Novembre 2024

MYTHO ??

"L'Antiquité avait son Oedipe, le Grand Siècle son roi Soleil, et voilà que Barthes donne à la France de l'après-guerre ses nouveaux emblèmes : la DS Citroën, le Tour de France, le steak frites, le vin rouge... Tous objets d'un culte bourgeois, ils deviennent de véritables mythes pour une société qui finit par se penser à travers eux. Mais si Barthes se penche avec la rigueur de l'ethnologue sur ces nouveaux mythes, c'est pour mieux en dénoncer les mécanismes : l'idéologie dominante ne s'inventerait ainsi des valeurs que pour légitimer des "normes bourgeoises" qui en manquent singulièrement... Écrites quotidiennement de 1954 à 1956, ces mythologies déploient une écriture fine, cultivée et juste, à lire comme autant de petites chroniques savoureuses."

MYTHO ??

J'AI CHOISI:   

 

"Iconographie de l'abbé Pierre", 

"Le mythe de l'abbé Pierre dispose d'un atout précieux : la tête de l'abbé. C'est une belle tête, qui présente clairement tous les signes de l'apostolat : le regard bon, la coupe franciscaine, la barbe missionnaire, tout cela complété par la canadienne du prêtre-ouvrier et la canne du pèlerin. Ainsi sont réunis les chiffres de la légende et ceux de la modernité.

La coupe de cheveux, par exemple, à moitié rase, sans apprêt et surtout sans forme, prétend certainement accomplir une coiffure entièrement abstraite de l'art et même de la technique, une sorte d'état zéro de la coupe ; il faut bien se faire couper les cheveux, mais que cette opération nécessaire n'implique au moins aucun mode particulier d'existence : qu'elle soit, sans pourtant être quelque chose. La coupe de l'abbé Pierre, conçue visiblement pour atteindre un équilibre neutre entre le cheveu court (convention indispensable pour ne pas se faire remarquer) et le cheveu négligé (état propre à manifester le mépris des autres conventions) rejoint ainsi l'archétype capillaire de la sainteté : le saint est avant tout un être sans contexte formel ; l'idée de mode est antipathique à l'idée de sainteté.

Mais où les choses se compliquent — à l'insu de l'abbé, il faut le souhaiter — c'est qu'ici comme ailleurs, la neutralité finit par fonctionner comme signe de la neutralité, et si l'on voulait vraiment passer inaperçu, tout serait, à recommencer.

La coupe zéro, elle, affiche tout simplement le franciscanisme ; conçue d'abord négativement pour ne pas contrarier l'apparence de la sainteté, bien vite elle passe à un mode superlatif de signification, elle déguise l'abbé en saint François. D'où la foisonnante fortune iconographique de cette coupe dans les illustrés et au cinéma (où il suffira à l'acteur Reybaz de la porter pour se confondre absolument avec l'abbé).

Même circuit mythologique pour la barbe : sans doute peut-elle être simplement l'attribut d'un homme libre, détaché des conventions quotidiennes de notre monde et qui répugne à perdre le temps de se raser : la fascination de la charité peut avoir raisonnablement ces sortes de mépris ; mais il faut bien constater que la barbe ecclésiastique a elle aussi sa petite mythologie. On n'est point barbu au hasard, parmi les prêtres ; la barbe y est surtout attribut missionnaire ou capucin, elle ne peut faire autrement que de signifier apostolat et pauvreté ; elle abstrait un peu son porteur du clergé séculier : les prêtres glabres sont censés plus temporels, les barbus plus évangéliques : l'horrible Frolo était rasé, le bon Père de Foucauld barbu ; derrière la barbe, on appartient un peu moins à son évêque, à la hiérarchie, à l'Église politique ; on semble plus libre, un peu franc-tireur, en un mot plus primitif, bénéficiant du prestige des premiers solitaires, disposant de la rude franchise des fondateurs du monachisme, dépositaires de l'esprit contre la lettre : porter la barbe, c'est explorer d'un même cœur la Zone, la Britonnie ou le Nyassaland.

Évidemment, le problème n'est pas de savoir comment cette forêt de signes a pu couvrir l'abbé Pierre (encore qu'il soit à vrai dire assez surprenant que les attributs de la bonté soient des sortes de pièces transportables, objets d'un échange facile entre la réalité, l'abbé Pierre de Match, et la fiction, l'abbé Pierre du film, et qu'en un mot l'apostolat se présente dès la première minute tout prêt, tout équipé pour le grand voyage des reconstitutions et des légendes). Je m'interroge seulement sur l'énorme consommation que le public fait de ces signes. Je le vois rassuré par l'identité spectaculaire d'une morphologie et d'une vocation ; ne doutant pas de l'une parce qu'il connaît l'autre ; n'ayant plus accès à l'expérience même de l'apostolat que par son bric-à-brac et s'habituant à prendre bonne conscience devant le seul magasin de la sainteté ; et je m'inquiète d'une société qui consomme si avidement l'affiche de la charité, qu'elle en oublie de s'interroger sur ses conséquences, ses emplois et ses limites. J'en viens alors à me demander si la belle et touchante iconographie de l'abbé Pierre n'est pas l'alibi dont une bonne partie de la nation s'autorise, une fois de plus, pour substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice."  R. BARTHES

 

PS:

Evidemment, la figure mythique aujourd'hui démystifiée, laisse à penser...Roland Barthes n' avait-il pas raison ? : l’iconographie était trop belle. Les vrais modèles éthiques sont sans doute plus discrets. »
 

Lire la suite