Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
annycejourd'hui etc.
Articles récents

Sous le sabot, la page...

29 Décembre 2024

Sous le sabot, la page...

4ème de couv.:

"C’est l’histoire d’une étoile qui vacille.

C’est une voix dans la nuit, monologue improbable et dialogue rêvé.

Elle est seule et elles sont deux : Marilyn Monroe et Isabelle Adjani se parlent, s’écoutent, se précèdent, se suivent, s’accompagnent.

Elles disent alors des choses qu’elles n’ont jamais dites à personne.

Où commence l’une, où finit l’autre ? Vertige."

Anny C.

J'ai tourné les pages de ce livre, le cœur battant, comme si un miracle pouvait surgir dans la nuit des temps, de ces trois voix comme une seule.

Diacritik:

"La splendeur subtile de ce livre inclassable naît de l’intrication des trois voix, des quatre voix avec celle de Norma Jean. Les noces du trio, voire du quatuor de voix se subliment jusqu’à leur confusion, dans une rencontre des strates mémorielles, sensorielles qui, tissant fiction et réalité, traversent les identités, les corps, l’espace et le temps. Loin du bruit du monde, le texte s’avance nu, sans fard...J’avancerai l’image d’un livre-fleur doté de trente-six pétales, écrit par des jeunes filles en fleurs et un jeune homme en fleurs comme l’indique le clin d’œil proustien de son titre. Un livre-radeau, bruissant de chuchotements, sur lequel Marilyn et son chien Maf auraient aimé s’allonger pour traverser la nuit, abandonner la torture des « pourquoi ? », étreindre la vie." Véronique Bergen.

 

« Marilyn ? Chacun a sa Marilyn », écrit Olivier Steiner. Comme chacune, chacun a son Isabelle.

 

Sous le sabot, la page...
Lire la suite
Publicité

Instantané de l'aube

28 Décembre 2024

Instantané de l'aube

Avec un croissant de lune pour témoin, mon ciel est un Rothko. 


Dans un trait de génie à fendre l’ombre bleue des cernes de l’âme, une mouette en plein vol, signe le tableau et décroche la lune.


Comment, devant un tel don de l'aube, ne pas être confiant dans la beauté du monde ?

Anny C.

 

Lire la suite

Au diapason de soi

27 Décembre 2024

Au diapason de soi

Au diapason de soi



Ressentir le parfum de la rose et l’offrir au non-moi,
À l' autre, dans l'ouvert. 

Prendre les mots écrits, les pétrir de larmes et de sourires, les malaxer, les embrasser, les enlacer et les étreindre.
Les voici changés en pâte à papier-soi(e).

Un rayon de lune les caresse, le soleil s’en mêle.
Une boule de noël apparaît, devient boule de cristal à déchiffrer, au diapason de soi.


Vivre au présent
Adossée au passé
En avant de soi.

Je suis.

Je suis ce petit pan de mer, bercé entre deux palmes, dont les couleurs changeantes tiennent lieu de jardin.
Je suis la coulée de lumière qui embrase les vagues endormies, à l’horizon.
Je suis ce matin calme, cette frisure de fraîcheur de décembre sur le calendrier de l’avent.
Je suis ce ciel mordoré, aux nuages suspendus au croissant de lune.
Je suis perte et trésor.

Je suis.

Je suis une toile de Soulages en larmes sur la mer.
Je suis la transe d’une lame d’or fin.

Je suis.

Je suis le jour qui tombe et soulève les cœurs tendrement.
Je suis ce cœur parmi les cœurs.
Je suis le silence habité de perles fines.
Je suis l’empreinte et je suis la trace.
Je suis le souvenir de la mémoire filée…

Vers Toi…

Qui es :
Invisible regard,
Onde traversière,
Porte de l’espoir.

Sur la mer des signes,
Nous sommes:
Quille et coque en bois de rose,
Ineffables fétus de paille,
Pour dire…
La colombe posée là,
Comme un soupir.


Et le souffle
Porte à croire.

Anny C. (in "Onde traversière," inédit)

Au diapason de soi
Lire la suite

JOYEUX NOËL

24 Décembre 2024

Quelques cadeaux au pied de votre sapin!

Quelques cadeaux au pied de votre sapin!

"Sous la couche épaisse de nos actes, notre âme d'enfant reste inchangée" 

François Mauriac
 
 
 
 
ROSES DE NOEL/ MONET. pour vous!

ROSES DE NOEL/ MONET. pour vous!


Un geste de bonté :

« L’homme se relevait et allait s’en aller lorsqu’il aperçut au fond, à l’écart, dans le coin le plus obscur de l’âtre, un autre objet. Il regarda, et reconnut un sabot, un affreux sabot de bois le plus grossier, à demi brisé et tout couvert de cendre et de boue desséchée. C’était le sabot de Cosette. Cosette, avec cette touchante confiance des enfants qui peut être trompée toujours sans se décourager jamais, avait mis, elle aussi, son sabot dans la cheminée. C’est une chose sublime et douce que l’espérance dans un enfant qui n’a jamais connu que le désespoir. Il n’y avait rien dans ce sabot. L’étranger fouilla dans son gilet, se courba et mit dans le sabot de Cosette un louis d’or. Puis il regagna sa chambre à pas de loup. » 

Victor Hugo "Les misérables"

 

Lire la suite
Publicité

TOUTE UNE VIE

23 Décembre 2024

TOUTE UNE VIE

Pour celles et ceux qui apprécient Christian Bobin,(1951-2022), pour celles et ceux qui ne l'apprécient pas, ce lien passe au crible cette conscience sensible. Merci à l'émission "TOUTE UNE VIE" citée par France Culture (15/12/24), un documentaire de Stéphane Bonnefoi, réalisé par Anne Pérez.

Après l'écoute de ce lien, nous le connaissons mieux et connaître, c'est naître avec, reconnaître...

 

"Snobé par une partie de la critique qui le juge "mièvre", l'auteur originaire du Creusot laisse une empreinte sensible sur chacun de ses lecteurs, nombreux depuis le succès du "Très-bas" en 1992. Écrivain généreux et homme bon, l'écriture de Bobin est marquée du sceau de l'enfance." FC.

 

EN PARLENT:

Lydie Dattas-Bobin, poétesse et épouse de Christian Bobin

Claire Tiévant, éditrice

Mohammed Taleb, philosophe

Yves Leclair, poète

Gilles Gontier, écrivain

Extraits des œuvres lues de Christian Bobin : Dans la lumière du monde, Le Murmure, Prisonnier au berceau, Le muguet Rouge, Le Très-bas, Eloge du rien, Le colporteur, L'éloignement du monde et Le Christ aux coquelicots.

"Il m'a appris à résister dans le calme, à ne pas m'emparer des armes de l'ennemi pour m'opposer "

Arthur Teboul

Lire la suite

De l'amour,

22 Décembre 2024

De l'amour,

L’Amour,

Lorsque l’amour vous fait signe suivez-le,
Bien que ses chemins soient escarpés et sinueux.
Et quand ses ailes vous étreignent, épanchez-vous en lui,
En dépit de l’épée cachée dans son plumage qui pourrait vous blesser.
Et dès lors qu’il vous adresse la parole, croyez en lui,
Même si sa voix fracasse vos rêves, comme le vent du nord saccage les jardins.
Car comme l’amour vous coiffe d’une couronne, il peut aussi vous clouer sur une croix.
Et de même qu’il vous invite à croître, il vous incite à vous ébrancher.
Autant il s’élève au plus haut de vous-même et caresse les plus tendres de vos branches qui frémissent dans le soleil,
Autant cherche-t-il à s’enfoncer au plus profond de vos racines et à les ébranler dans leurs attaches à la terre.
Pareilles à des brassées de blé, il vous ramasse et vous enlace.
Il vous bat au fléau pour vous mettre à nu.
Il vous passe au tamis pour vous libérer de votre balle.
Il vous moud jusqu’à la blancheur.
Et il vous pétrit au point de vous assouplir.
Puis il vous livre à son feu vénéré, afin que vous deveniez pain sacré pour le saint festin de Dieu.
Voilà tout ce que l’amour fera en vous afin que vous puissiez déceler les secrets de votre coeur et devenir ainsi un fragment du cœur de la Vie.
Mais si dans votre crainte vous ne recherchiez que la paix et le plaisir de l’amour,
Alors il serait préférable pour vous de couvrir votre nudité, de quitter l’aire de battage de l’amour,
Et de vous retirer vers un monde sans saisons,
Où vous pourrez rire sans laisser jaillir tous les éclats de votre rire,
Où vous pourrez pleurer sans jamais libérer toute l’amertume de vos larmes.
L’amour ne donne rien que lui-même et ne prend rien que lui-même.
Il ne peut posséder et ne peux être possédé.
Car l’amour suffit à l’amour.
Lorsque vous aimez, ne dites pas : “Dieu est dans mon cœur.”
Dites plutôt : “Je suis dans le cœur de Dieu.”
Et ne croyez pas que vous puissiez diriger le cours de l’amour.
Car si l’amour vous trouve digne, lui-même guidera votre cœur.
L’amour n’a point d’autre désir que de s’accomplir.
Mais si vous aimez et devez éprouver des désirs, que ceux-ci soient les vôtres :
Fondre en un ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.
Connaître la douleur d’un flot de tendresse.
Être blessé par votre propre perception de l’amour ;
Et laisser couler votre sang volontairement et joyeusement.
Vous réveiller à l’aube avec un cœur ailé et rendre grâce à Dieu pour cette nouvelle journée d’amour.
Vous reposer à midi et méditer sur l’extase de l’amour.
Regagner votre foyer au crépuscule en remerciant le ciel.
Puis vous endormir avec une prière pour l’être aimé en votre cœur et un chant de louange sur vos lèvres.

Khalil Gibran “Le prophète”
         
Lire la suite

Un poète m'a tout dit

21 Décembre 2024


Le Pays Sage


…Et les poissons volants dessinent sur l’écume
des brumes de baisers pour nourrir les sirènes ...

Qu’on aperçoit parfois, rarement
Quand leur chevelure ondule
Sous le soleil couchant
Elles attendent, attendent
Le bon moment
Pour plonger dans le Profond
Retrouver les étoiles de mer
Et les frêles hippocampes
Qui dansent et frémissent
Dans l’onde Améthyste...

Un peu plus haut, la Terre
Serpente des rivières, parfumées et lascives,
Dessine des vallons d’or et des plateaux d’argent
Où se bruissent les hautes herbes et les roseaux pensants,
Des renards bleus taquinent des corbeaux noirs et sages
Pour que le Ciel libère les fabuleux fromages
Un lapin blanc s’énerve,
Il sort son monocle et regarde sa montre
En retard, en retard…
Les arbres sont là, bien sûr
Et veillent sur tout ça !
Ils sont partout, par là
Et s’avancent jusqu'aux falaises
Magistrales, sculptées
Qui bordent de leurs bras,
L’immensité du Monde…

L’Air se chiffonne, il tremble doucement
Chatouille les nuages et fait rire le Ciel
Les couleurs se déguisent d’un bleu rougeoyant
Elles tissent de satin le lit du Pays Sage
En drapant les îles d’  émeraude
Qui poussent ça et là,
Parsemant les flots noirs
De terre promise,
Promise au repos,
Au repos des oiseaux
Et des voleurs d’images
Qui s’en donnent à cœur joie
A grands coups de merveilles

Ils sont montés là-haut pour allumer la Lune
Qu’elle brille sur nous qui sommes cloués là
Notre veilleuse de Nuit,
Lumière de lagunes
Pour que nous puissions voir,
Voir encore et encore...

..Des brumes de baisers dessiner sur l’écume
des sirènes charmées par les poissons volants…
 
OLIVIER JOUSSET
 
 
Lire la suite

Témoignage

20 Décembre 2024

Témoignage
Écrire

De la pointe de nos stylos, l’appel.
Nous tentons de capter des murmures.
Les dire à haute voix leur est-il fidèle?
C’est le silence autour des mots qui compte, conte. (Virginia CRUZ)

 

En atelier d'écriture "Talents", à l'Utopia de Bordeaux, nous avons expérimenté les rencontres à la manière du "Déversoir" d' Arthur Teboul, le chanteur poète du groupe Feu! Chatterton.

Ainsi, face à face, nous avons écrit. L'écriture devait être inspirée par un face à face, sans parole.

Les résultats nous ont émus.

Je ne peux vous en faire part, car chacun,e a reçu son "présent" personnel et comme c'est Noël, ça tombe à pic !

Arthur Teboul avait eu cette intention:" J'ai longtemps rêvé l'existence, au cœur de nos villes et de nos vies, d'un endroit protégé de la clameur du monde, du bruit et de la fureur, où l'on pourrait faire halte un instant. Un endroit au coin de la rue où nous attendrait, derrière son bureau, un poète. On passerait sa porte pour s'asseoir un moment face à lui, le temps qu'il nous écrive un poème. Nul n'aurait besoin de parler, notre seule présence suffirait. On irait là-bas comme on va chez le fleuriste, le coiffeur ou le cordonnier, entre midi et deux ou après le travail. Dans les grandes et les petites occasions. "

Le rêve a pris forme. Le 12 mars 2023, au 127, rue de Turenne, à Paris, Arthur Teboul a ouvert un cabinet de poèmes minutes, le Déversoir. Pendant une semaine, du matin au soir, il y a accueilli près de 250 visiteurs. Pour chacun d’entre eux, il a écrit un poème, exerçant ce nouveau métier de "déverseur". L’ensemble de ces poèmes compose la majeure partie de l'ouvrage, "L'ADRESSE"  qui est dans toutes les bonnes librairies.
 
Et nous, à l'Utopia nous avons joué le jeu, nous avons déversé nos mots à l'adresse de notre invité(e).
 
Quand je me suis trouvée dans la situation d'écrire, en 15' un "présent" pour une personne, assise en face de moi,  j'ai ressenti sa présence, beaucoup plus intimement que si nous avions parlé. La lumière qui venait du vitrail de la salle de la cheminée caressait son visage,  je me retrouvai dans la situation d'un peintre devant son modèle. C'est une situation singulière qui force le respect et donne aux mots écrits une vibration sensible intimidante et paradoxalement, inspirante.
La leçon que j'en ai tiré? 
La puissance du silence, la clef de l'attention, le poids des mots !
 
De même, si nous nous trouvons devant un tableau de maître, celui-ci nous parle en silence, nous regarde et parfois même sourit.
Sinon, comment Proust aurait-il pu voir et écrire le petit pan de mur jaune de la Vue de Delft de Vermeer ?
Sinon, comment un trait de lumière s'envolerait-il, sous nos yeux,  d'une toile de Soulages?
 
Lire la suite
Publicité

CONTE DE NOËL

19 Décembre 2024

CONTE DE NOËL

Conte de Noël

Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix : « Un souvenir de Noël ?... Un souvenir de Noël ?... »
Et tout à coup, il s’écria :
— Mais si, j’en ai un, et un bien étrange encore ; c’est une histoire fantastique. J’ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de Noël.

*

Cela vous étonne de m’entendre parler ainsi, moi qui ne crois guère à rien. Et pourtant j’ai vu un miracle ! Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s’appelle vu.
En ai-je été fort surpris ? non pas ; car si je ne crois point à vos croyances, je crois à la foi, et je sais qu’elle transporte les montagnes. Je pourrais citer bien des exemples ; mais je vous indignerais et je m’exposerais aussi à amoindrir l’effet de mon histoire.
Je vous avouerai d’abord que si je n’ai pas été fort convaincu et converti par ce que j’ai vu, j’ai été du moins fort ému, et je vais tâcher de vous dire la chose naïvement, comme si j’avais une crédulité d’Auvergnat.
J’étais alors médecin de campagne, habitant le bourg de Rolleville, en pleine Normandie.
L’hiver, cette année-là, fut terrible. Dès la fin de novembre, les neiges arrivèrent après une semaine de gelées. On voyait de loin les gros nuages venir du nord ; et la blanche descente des flocons commença.
En une nuit, toute la plaine fut ensevelie.
Les fermes, isolées dans leurs cours carrées, derrière leurs rideaux de grands arbres poudrés de frimas, semblaient s’endormir sous l’accumulation de cette mousse épaisse et légère.
Aucun bruit ne traversait plus la campagne immobile. Seuls les corbeaux, par bandes, décrivaient de longs festons dans le ciel, cherchant leur vie inutilement, s’abattant tous ensemble sur les champs livides et piquant la neige de leurs grands becs.
On n’entendait rien que le glissement vague et continu de cette poussière tombant toujours.
Cela dura huit jours pleins, puis l’avalanche s’arrêta. La terre avait sur le dos un manteau épais de cinq pieds.
Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel, clair comme un cristal bleu le jour, et, la nuit, tout semé d’étoiles qu’on aurait crues de givre, tant le vaste espace était rigoureux, s’étendit sur la nappe unie, dure et luisante des neiges.
La plaine, les haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort, tué par le froid. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus : seules les cheminées des chaumières en chemise blanche révélaient la vie cachée, par les minces filets de fumée qui montaient droit dans l’air glacial.
De temps en temps on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois se fussent brisés sous l’écorce ; et, parfois, une grosse branche se détachait et tombait, l’invincible gelée pétrifiant la sève et cassant les fibres.
Les habitations semées çà et là par les champs semblaient éloignées de cent lieues les unes des autres. On vivait comme on pouvait. Seul, j’essayais d’aller voir mes clients les plus proches, m’exposant sans cesse à rester enseveli dans quelque creux.
Je m’aperçus bientôt qu’une terreur mystérieuse planait sur le pays. Un tel fléau, pensait-on, n’était point naturel. On prétendit qu’on entendait des voix la nuit, des sifflements aigus, des cris qui passaient.
Ces cris et ces sifflements venaient sans aucun doute des oiseaux émigrants qui voyagent au crépuscule, et qui fuyaient en masse vers le sud. Mais allez donc faire entendre raison à des gens affolés. Une épouvante envahissait les esprits et on s’attendait à un événement extraordinaire.
La forge du père Vatinel était située au bout du hameau d’Épivent, sur la grande route, maintenant invisible et déserte. Or, comme les gens manquaient de pain, le forgeron résolut d’aller jusqu’au village. Il resta quelques heures à causer dans les six maisons qui forment le centre du pays, prit son pain et des nouvelles, et un peu de cette peur épandue sur la campagne.
Et il se remit en route avant la nuit.
Tout à coup, en longeant une haie, il crut voir un œuf sur la neige ; oui, un œuf déposé là, tout blanc comme le reste du monde. Il se pencha, c’était un œuf en effet. D’où venait-il ? Quelle poule avait pu sortir du poulailler et venir pondre en cet endroit ? Le forgeron s’étonna, ne comprit pas ; mais il ramassa l’œuf et le porta à sa femme.
— Tiens, la maîtresse, v’là un œuf que j’ai trouvé sur la route !
La femme hocha la tête :
— Un œuf sur la route ? Par ce temps-ci, t’es soûl, bien sûr ?
— Mais non, la maîtresse, même qu’il était au pied d’une haie, et encore chaud, pas gelé. Le v’là, j’me l’ai mis sur l’estomac pour qui n’refroidisse pas. Tu le mangeras pour ton dîner.
L’œuf fut glissé dans la marmite où mijotait la soupe, et le forgeron se mit à raconter ce qu’on disait par la contrée.
La femme écoutait, toute pâle.
— Pour sûr que j’ai entendu des sifflets l’autre nuit, même qu’ils semblaient v’nir de la cheminée.
On se mit à table, on mangea la soupe d’abord, puis, pendant que le mari étendait du beurre sur son pain, la femme prit l’œuf et l’examina d’un œil méfiant.
— Si y avait quéque chose dans c’t’œuf ?
— Qué que tu veux qu’y ait ?
— J’sais ti, mé ?
— Allons, mange-le, et fais pas la bête.
Elle ouvrit l’œuf. Il était comme tous les œufs, et bien frais.
Elle se mit à le manger en hésitant, le goûtant, le laissant, le reprenant. Le mari disait :
— Eh bien ! qué goût qu’il a, c’t’œuf ?
Elle ne répondit pas et elle acheva de l’avaler ; puis, soudain, elle planta sur son homme des yeux fixes, hagards, affolés ; leva les bras, les tordit et, convulsée de la tête aux pieds, roula par terre en poussant des cris horribles.
Toute la nuit elle se débattit en des spasmes épouvantables, secouée de tremblements effrayants, déformée par de hideuses convulsions. Le forgeron, impuissant à la tenir, fut obligé de la lier.
Et elle hurlait sans repos, d’une voix infatigable :
— J’l’ai dans l’corps ! J’l’ai dans l’corps !
Je fus appelé le lendemain. J’ordonnai tous les calmants connus sans obtenir le moindre résultat. Elle était folle.
Alors, avec une incroyable rapidité, malgré l’obstacle des hautes neiges, la nouvelle, une nouvelle étrange, courut de ferme en ferme : « La femme au forgeron qu’est possédée ! » Et on venait de partout, sans oser pénétrer dans la maison ; on écoutait de loin ses cris affreux poussés d’une voix si forte qu’on ne les aurait pas crus d’une créature humaine.
Le curé du village fut prévenu. C’était un vieux prêtre naïf. Il accourut en surplis comme pour administrer un mourant et il prononça, en étendant les mains, les formules d’exorcisme, pendant que quatre hommes maintenaient sur un lit la femme écumante et tordue.
Mais l’esprit ne fut point chassé.
Et la Noël arriva sans que le temps eût changé.
La veille au matin, le prêtre vint me trouver :
— J’ai envie, dit-il, de faire assister à l’office de cette nuit cette malheureuse. Peut-être Dieu fera-t-il un miracle en sa faveur, à l’heure même où il naquit d’une femme.
Je répondis au curé :
— Je vous approuve absolument, monsieur l’abbé. Si elle a l’esprit frappé par la cérémonie (et rien n’est plus propice à l’émouvoir), elle peut être sauvée sans autre remède.
Le vieux prêtre murmura :
— Vous n’êtes pas croyant, docteur, mais aidez-moi, n’est-ce pas ? Vous vous chargez de l’amener ?
Et je lui promis mon aide.
Le soir vint, puis la nuit ; et la cloche de l’église se mit à sonner, jetant sa voix plaintive à travers l’espace morne, sur l’étendue blanche et glacée des neiges.
Des êtres noirs s’en venaient lentement, par groupes, dociles au cri d’airain du clocher. La pleine lune éclairait d’une lueur vive et blafarde tout l’horizon, rendait plus visible la pâle désolation des champs.
J’avais pris quatre hommes robustes et je me rendis à la forge.
La possédée hurlait toujours, attachée à sa couche. On la vêtit proprement malgré sa résistance éperdue, et on l’emporta.
L’église était maintenant pleine de monde, illuminée et froide ; les chantres poussaient leurs notes monotones ; le serpent ronflait ; la petite sonnette de l’enfant de chœur tintait, réglant les mouvements des fidèles.
J’enfermai la femme et ses gardiens dans la cuisine du presbytère, et j’attendis le moment que je croyais favorable.
Je choisis l’instant qui suit la communion. Tous les paysans, hommes et femmes, avaient reçu leur Dieu pour fléchir sa rigueur. Un grand silence planait pendant que le prêtre achevait le mystère divin.
Sur mon ordre, la porte fut ouverte et mes quatre aides apportèrent la folle.
Dès qu’elle aperçut les lumières, la foule à genoux, le chœur en feu et le tabernacle doré, elle se débattit d’une telle vigueur, qu’elle faillit nous échapper, et elle poussa des clameurs si aiguës qu’un frisson d’épouvante passa dans l’église ; toutes les têtes se relevèrent ; des gens s’enfuirent.
Elle n’avait plus la forme d’une femme, crispée et tordue en nos mains, le visage contourné, les yeux fous.
On la traîna jusqu’aux marches du chœur et puis on la tint fortement accroupie à terre.
Le prêtre s’était levé ; il attendait. Dès qu’il la vit arrêtée, il prit en ses mains l’ostensoir ceint de rayons d’or, avec l’hostie blanche au milieu, et, s’avançant de quelques pas, il l’éleva de ses deux bras tendus au-dessus de sa tête, le présentant aux regards effarés de la démoniaque.
Elle hurlait toujours, l’œil fixé, tendu sur cet objet rayonnant.
Et le prêtre demeurait tellement immobile qu’on l’aurait pris pour une statue.
Et cela dura longtemps, longtemps.
La femme semblait saisie de peur, fascinée ; elle contemplait fixement l’ostensoir, secouée encore de tremblements terribles, mais passagers, et criant toujours, mais d’une voix moins déchirante.
Et cela dura encore longtemps.
On eût dit qu’elle ne pouvait plus baisser les yeux, qu’ils étaient rivés sur l’hostie ; elle ne faisait plus que gémir ; et son corps raidi s’amollissait, s’affaissait.
Toute la foule était prosternée le front par terre.
La possédée maintenant baissait rapidement les paupières, puis les relevait aussitôt, comme impuissante à supporter la vue de son Dieu. Elle s’était tue. Et puis soudain, je m’aperçus que ses yeux demeuraient clos. Elle dormait du sommeil des somnambules, hypnotisée, pardon ! vaincue par la contemplation persistante de l’ostensoir aux rayons d’or, terrassée par le Christ victorieux.
On l’emporta, inerte, pendant que le prêtre remontait vers l’autel.
L’assistance bouleversée, entonna un Te Deum d’actions de grâces.
Et la femme du forgeron dormit quarante heures de suite, puis se réveilla sans aucun souvenir de la possession ni de la délivrance.
Voilà, mesdames, le miracle que j’ai vu.

*

Le docteur Bonenfant se tut, puis ajouta d’une voix contrariée : «  Je n’ai pu refuser de l’attester par écrit. »
25 décembre 1882
 
Guy de Maupassant
 
Lire la suite

UN ETE A LA GAROUPE

18 Décembre 2024

Paul Eluard avec sa femme Nusch et Man Ray, à l’été 1937. FRANCE 5/MAN RAY/RMN

Paul Eluard avec sa femme Nusch et Man Ray, à l’été 1937. FRANCE 5/MAN RAY/RMN

« Un été à la Garoupe » : dans l’intimité surréaliste de Pablo Picasso, Dora Maar et leurs amis

En août 1937, le peintre et sa compagne d’alors convient trois couples d’amis à Mougins, parmi lesquels Paul Eluard et Man Ray.

Documentaire (60 min - 2020) – Réalisation François Lévy-Kuentz –Production Mélisande Films, avec la participation de France Télevisions – Musique originale Michel Portal – Narration Céline Sallette et Jean-Marc Barr

Deux ans avant que le conflit mondial ne les sépare, Picasso et ses amis surréalistes, filmés par le photographe Man Ray, se retrouvent dans le sud de la France le temps d’un été facétieux, libertin et créatif avant que tout cela ne prenne une autre malheureuse tournure!

Les magnifiques images de Man Ray, mais aussi celles de Dora Maar et Lee Miller, autres photographes de talent, servent ainsi de fil conducteur au documentaire, passionnant, lui aussi, de François Lévy-Kuentz. Intitulé Un été à la Garoupe, du nom de la plage où ils se rendent ensemble chaque matin, le film revient sur l’insouciance d’un été, où s’entremêlent baignades, pique-niques, déjeuners, libertinage et, surtout, création. Mais pas seulement. Entre deux images, la narration, servie par Céline Sallette, raconte les rencontres entre les uns et les autres, leurs parcours respectifs, leurs passions et leurs obsessions. Picasso dont l’unique sujet est alors Dora ; Dora qui ne se remettra jamais de sa passion dévorante pour le maître ; Man et Paul qui composent à quatre mains un livre de poèmes et photos en hommage à Nusch ; Lee qui, autrefois mannequin, va devenir reporter de guerre et révéler l’horreur des camps…
Le conflit mondial se chargera de les séparer. Reste, immortalisée sur la pellicule le temps d’un été, l’amitié de quatre couples réunis par leur amour de l’art.

Lire la suite