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Articles récents

FEUX FOLLETS

2 Novembre 2024

 

Chrysanthèmes feux follets,

"Le don de vivre a passé dans les fleurs"  Paul Valéry

FEUX FOLLETS

"C’est la fête des chrysanthèmes-soleils qui s’endorment le soir au pied des tombes comme pour réchauffer les âmes de leurs couleurs étoilées dont le chant s’élève crescendo du plus pur des blancs au plus chaud des ors. La veille, la nuit avait calmé peu à peu le cliquetis des squelettes et la danse des fantômes fêtés par les enfants dans la foire aux vanités d’ Halloween. La mort chahutée avait cédé la place à la vie sanctifiée, avant qu’un silence sacré ne dépose ses fleurs d’or dans les cimetières embellis. Je me souviens de l’émotion ressentie en Islande en voyant, nichées dans la neige, les pierres tombales éclairées par des bougies et des lumières étincelantes pendant les jours les plus courts de l’année. Dans une église, des voix a capella saisirent mon coeur. Chacun célèbre ses aimés disparus, selon sa tradition.Un de mes chers amis, artiste - plasticien, tailleur de pierres, savant en art funéraire sculpte des pierres tombales symboliques en hommage à ses amis disparus. C’est très émouvant. Quelle preuve d’amitié! D'autres traditions égrainent simplement des petits cailloux sur les tombes comme des rimes…à la grande ourse rimbaldienne."

Anny C. (Au diapason des jours)

 

 

Ecouter aujourd'hui LE CIMETIERE MARIN de Paul Valéry lu par Jean Vilar, va de soi:

Ecouter aujourd'hui LE CIMETIERE MARIN de Paul Valéry lu par Jean Vilar, va de soi:

Photo de Thoma Lieser

Photo de Thoma Lieser

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Cinq méditations sur la mort, c'est à dire, sur la vie

1 Novembre 2024

Cinq méditations sur la mort, c'est à dire, sur la vie

1

 

"La Toussaint adoucit la mort

On se sent presque bien avec elle

Les visages se croisent sans rire

L’ironie baisse la garde

Reste une conscience de vivants"

Anny C.

L'Angelus, JF Millet

L'Angelus, JF Millet

2

"La mort  n’est point notre issue.


Posant la limite,


Elle nous signifie l’extrême exigence de la Vie,


Celle qui donne, élève, déborde et dépasse."

 

François Cheng

ZAO WU KI

ZAO WU KI

3

 

"Elle est retrouvée.

Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l’aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s’exhale
Sans qu’on dise : enfin.

Là pas d’espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil."

Arthur Rimbaud, Derniers vers

 

Vue de Delft, Vermeer

Vue de Delft, Vermeer

4

 

"Il ( Bergotte) mourut dans les circonstances suivantes : Une crise d’urémie assez légère était cause qu’on lui avait prescrit le repos. Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu’il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu’il ne se rappelait pas) était si bien peint qu’il était, si on le regardait seul, comme une précieuse oeuvre d’art chinoise, d’une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l’exposition. Dès les premières marches qu’il eut à gravir, il fut pris d’étourdissements. Il passa devant plusieurs tableaux et eut l’impression de la sécheresse et de l’inutilité d’un art si factice, et qui ne valait pas les courants d’air et de soleil d’un palazzo de Venise ou d’une simple maison au bord de la mer. Enfin il fut devant le Ver Meer, qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune ».

Marcel Proust

Tombe de Brassens SETE

Tombe de Brassens SETE

BRASSENS et sa compagne PUPPCHEN: "Ce n'est pas ma femme, c'est ma déesse"

BRASSENS et sa compagne PUPPCHEN: "Ce n'est pas ma femme, c'est ma déesse"

"L'amour c'est l'espace et le temps rendus sensibles au coeur."

 M.Proust

Cinq méditations sur la mort, c'est à dire, sur la vie
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Mon grain de sel

31 Octobre 2024

Mon grain de sel

Par je ne sais quel miracle, l’écriture ranime l’âme, la sort de sa torpeur. La plume ne laissera pas s’éteindre ses noëls intérieurs, elle est faite de leurs flammes. 

Je ne sais, écrivait Madame de Staël , par quel hasard, une superstition de mon enfance s'est ranimée dans mon cœur”

L’écriture comme l’étude sauvent. En bonne compagnie, leurs temps tamisent la lumière, tel un vitrail qui, le jour, caressé par elle, inonde l'esprit de couleurs chatoyantes jusqu’au soir qui les étreint dans sa nuit. Quelle est cette consolante douceur, ce chat qui dort dans sa flaque de soleil, sinon la juste place tenue par la vraie présence? Comme la rose sans pourquoi, cette sensation est l’évidence d’un espace-temps sans limite, comme s’il n’y avait de vrai, c’est à dire de réel, que ce temps habité pour ressentir la vie ici ou là, ici et là.

« Si notre vie est vagabonde, notre mémoire est sédentaire. »  écrivait Proust.

Il y a, ce matin, une autre lumière, l’automne allaite le ciel de nuages joufflus, un pan de mer tire un trait prune à l’horizon, le vent berce l’éventail d’un palmier, à l’intérieur, le café se veut rassurant, on dirait que le monde cherche son LA sous tous les SI.

  "Le vrai toujours
   Est ce qui tremble
   Entre frayeur et appel
   Entre regard et silence" , murmure François Cheng.

Parfois, l'écriture et moi nous taisons ensemble et nos silences rythment les saisons mais parfois, nos mots deviennent notes déposées sur la portée des heures, et la plume, trempée dans le noir lumière de la cartouche d’encre, s'envole au carillon des jours.

Anny C. (Au diapason des jours)

 

Mon grain de sel
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J'ai glané quelques pépites proustiennes

30 Octobre 2024

JF MILLET, DES GLANEUSES 1857

JF MILLET, DES GLANEUSES 1857

Se baisser, ramasser, se relever.

Le glanage consiste à ramasser sur le sol ce qui reste après la récolte (paille, épis, grains, pommes de terre). Il s'agit d'un droit coutumier qui apparaît au Moyen Âge et subsiste au fil des siècles. Le glanage est donc licite et tout à fait distinct du maraudage qui est un vol de récoltes non détachées du sol. Les glaneurs sont en général à cette époque des paysans pauvres de la localité qui obtiennent ainsi un complément alimentaire gratuit.

 

Aujourd'hui j'ai glané... 

       Proust, champion de la phrase courte!

     Qui l'eût cru ?

       - This is a Joke?

JY Tadié conclut: 

-Chez Proust tout est bipolaire :

"Le temps perdu et Le temps retrouvé," "la phrase longue et la phrase courte" "mémoire volontaire et mémoire involontaire" "mémoire et oubli" "moi social et moi créateur" "Du côté de chez Swann et Du côté de Guermantes" "intérieur / extérieur" etc.

-La phrase courte peut donner le la : La première phrase de La Recherche est un décasyllabe.

-La phrase courte, chez Proust, rompt le rythme comme le font, en musique, les syncopes de Stravinsky, de Bartok et de Darius Milhaud.

-Le mot d'esprit (que Proust affectionne), convient à la phrase courte: ex: à propos d'un tableau: "A qui l'attribuez-vous ? -A la malveillance") 🙂

+

La phrase la plus courte se trouve dans « Un amour de Swann » : « Il regarda. » (Tout est dit!)

(...)Une voix d’homme dont il chercha à distinguer auquel de ceux des amis d’Odette qu’il connaissait elle pouvait appartenir, demanda :– Qui est là ? Il n’était pas sûr de la reconnaître. Il frappa encore une fois. On ouvrit la fenêtre, puis les volets. Maintenant, il n’y avait plus moyen de reculer et, puisqu’elle allait tout savoir, pour ne pas avoir l’air trop malheureux, trop jaloux et curieux, il se contenta de crier d’un air négligent et gai :– Ne vous dérangez pas, je passais par là, j’ai vu de la lumière, j’ai voulu savoir si vous n’étiez plus souffrante. Il regarda. Devant lui, deux vieux messieurs étaient à la fenêtre, l’un tenant une lampe, et alors, il vit la chambre, une chambre inconnue.(...)
 

En revanche, la phrase la plus longue est dans Sodome et Gomorre  P. 614,616 (La Pleiade): 

Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu’à la découverte du crime ; sans situation qu’instable,

..........de façon qu’à eux-mêmes il ne leur paraisse pas un vice." (856 mots)

 

Dans les Misérables de Victor Hugo, la phrase la plus longue contient 823 mots; chez Marcel Proust dans La Recherche, on trouve dans Sodome et Gomorrhe une phrase de 856 mots. 

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MONTBLANC

29 Octobre 2024

"RIEN QUE DU BLANC A SONGER".  RIMBAUD

"RIEN QUE DU BLANC A SONGER". RIMBAUD

MONTBLANC

"Yuko est un jeune de 17 ans qui a deux passions dans la vie: les haïku et la neige, ce qui ne plait guère à son père. Pour pouvoir les assouvir, il fait ses poèmes sur le thème de la neige, rien que de la neige. Tenant tête à son père qui veut que son fils fasse autre chose dans la vie, il lui promet de n'écrire que 77 haïku pendant 6 mois de l'année et de ne rien faire le reste du temps. Un jour, le poète officiel de la cour vient voir le père de Yuko et ce dernier lui fait lire les haïku de son fils. Il est tout simplement émerveillé devant tant de beauté et de talent mais se demande pourquoi ils ne parlent que de neige et de blanc et pense donc qu'ils manquent de couleur. Au printemps suivant, il revient accompagné d'une très belle femme. Lui expliquant que ses poèmes manquent de couleur, il lui demande si Yuko sait également peindre, danser, calligraphier et composer. Suite à une réponse négative du jeune homme, il lui propose d'apprendre la couleur auprès du grand maître Soseki. Quelle n'est pas sa surprise de constater que ce dernier est aveugle ! de grandes et belles surprises attendent le jeune homme...

Premier roman de Maxence Fermine et quel roman ! C'est beau, tendre, lyrique, frais, apaisant, touchant et floconneux. A l'instar des haïku, ce roman est une véritable prose qui se lit d'une traite. le charme et le calme japonais se font bien ressentir. L'auteur nous livre une oeuvre qui traite de l'amour, de la passion, de la jeunesse et de la vieillesse tout en délicatesse et légèreté comme un flocon de neige. Tout cela ajouté à une écriture presque magique, ensorcelante, travaillée, riche et épurée. Ce roman est un véritable conte qui invite le lecteur à regarder passer le temps...

Pur comme la Neige..."

"Il y a deux sortes de gens : il y a ceux  qui vivent, jouent et meurent et

il y a ceux qui ne font jamais rien d'autre que se tenir en équilibre sur

l'arête de la vie. Il y a les acteurs et il y a les funambules". 

 

(Neige)

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Avec CLAUDE NOUGARO

28 Octobre 2024

 La célèbre photo de Claude Nougaro, face à la place Saint-Pierre à Toulouse,

La célèbre photo de Claude Nougaro, face à la place Saint-Pierre à Toulouse,

Au terme d’une année dédiée à son œuvre, ( il nous quittait en 2004 ), le 8 septembre 2024 a eu lieu à Toulouse, un grand concert gratuit, la veille de l’anniversaire de Claude Nougaro, sur une scène rayonnante d’artistes venus de la France entière et de Toulouse, sa ville, dos au Capitole, sur cette place qui l’a vu chanter et à la droite du Théâtre où son père s’est produit pendant des années.

(Je pensais y aller et puis je n'ai pas pu, durant l'été j'avais dîné à Sète, face à la mer, à côté d'un ami intime de Claude qui était aussi organisateur de cette fête, il m'avait donné envie d'y aller! J'ai fait mes études à Toulouse, je regrette de ne pas avoir pu "en" être,)

Place du capitole le 8 septembre 2024

Place du capitole le 8 septembre 2024

Avec CLAUDE NOUGARO
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A la fenêtre

27 Octobre 2024

SEMPE

SEMPE

"A ceux que la poésie habite,

Tu ouvres les volets
Toute la nuit vient vers toi
Ses laves ses geysers
Et se mêlant à eux
Le tout de toi - même
Tes chagrins, tes émois
Que fait résonner
Une très ancienne berceuse."


Françoise Cheng
 (
Enfin le Royaume)

 

     ...Charles Baudelaire,

Petits poèmes en prose

LES FENÊTRES

"Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.

Par delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.

Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.

Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.

Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?'

HOPPER

HOPPER

Du côté de chez Swann, 

...M.Proust

La fénêtre de tante Léonie

"La cousine de mon grand-père,—ma grand’tante,—chez qui nous habitions, était la mère de cette tante Léonie qui, depuis la mort de son mari, mon oncle Octave, n’avait plus voulu quitter, d’abord Combray, puis à Combray sa maison, puis sa chambre, puis son lit et ne « descendait » plus, toujours couchée dans un état incertain de chagrin, de débilité physique, de maladie, d’idée fixe et de dévotion. Son appartement particulier donnait sur la rue Saint-Jacques qui aboutissait beaucoup plus loin au Grand-Pré (par opposition au Petit-Pré, verdoyant au milieu de la ville, entre trois rues), et qui, unie, grisâtre, avec les trois hautes marches de grès presque devant chaque porte, semblait comme un défilé pratiqué par un tailleur d’images gothiques à même la pierre où il eût sculpté une crèche ou un calvaire. Ma tante n’habitait plus effectivement que deux chambres contiguës, restant l’après-midi dans l’une pendant qu’on aérait l’autre.(...)Dun côté de son lit, était une grande commode jaune en bois de citronnier et une table qui tenait à la fois de l’officine et du maître-autel, où, au-dessus d’une statuette de la Vierge et d’une bouteille de Vichy-Célestins, on trouvait des livres de messe et des ordonnances de médicaments, tout ce qu’il fallait pour suivre de son lit les offices et son régime, pour ne manquer l’heure ni de la pepsine, ni des Vêpres. De l’autre côté, son lit longeait la fenêtre, elle avait la rue sous les yeux et y lisait du matin au soir, pour se désennuyer, à la façon des princes persans, la chronique quotidienne mais immémoriale de Combray, qu’elle commentait ensuite avec Françoise."

La chambre de la tante de Marcel à Combray par Bernard Lamotte

La chambre de la tante de Marcel à Combray par Bernard Lamotte

"Scintillement de l'être 

Par la pente d'un volet mal fermé

Bruissement de l'être

Par le trou d'une mémoire en jachère"

 

François Cheng

( Enfin le Royaume )

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EN LEURS ROYAUMES

26 Octobre 2024

De quoi rêvez-vous?

De mots?

 

Chacun en son royaume, 

eux aussi...

 

Barak Obama:

Les bonnes conversations ne suivent pas un scénario préétabli. Comme les bonnes chansons, elles nous réservent des surprises, des improvisations, des détours. Elles s'ancrent peut-être dans une époque et un lieu, reflètent notre état d'esprit du moment et l'état du monde à un instant donné, mais les meilleures conversations ont aussi une qualité intemporelle, elles vous ramènent au royaume des souvenirs, vous projettent vers vos espoirs et vos rêves. Échanger des histoires vous rappelle que vous n'êtes pas seul - et peut vous aider à vous comprendre un peu mieux.

 
ROYAUME DE SIAM

ROYAUME DE SIAM

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UN CONTE INUIT

25 Octobre 2024

Voici un conte extrait de :

 

" FEMMES QUI COURENT AVEC LES LOUPS", un classique du genre ,

 

LA FEMME SQUELETTE

 
(conte inuit cité par Clarissa Pinkola Estès (née le 27 janvier 1945 à Gary dans l'Indiana,  psychanalyste jungienne, une autrice et une journaliste américaine d'origine mexicaine.)

(conte inuit cité par Clarissa Pinkola Estès (née le 27 janvier 1945 à Gary dans l'Indiana, psychanalyste jungienne, une autrice et une journaliste américaine d'origine mexicaine.)

"Elle avait fait quelque chose que son père désapprouvait ; quoi ? Plus personne ne s’en souvenait. Mais on se souvient de sa terrible punition : son père l’avait trainée jusqu’aux falaises et l’avait précipitée dans les abysses glacés de la mer. Là, les poissons avaient dévoré sa chair et arraché ses yeux. Au fond de l’eau, son squelette avait été retourné sans fin par les courants.

Un jour, un pêcheur vint pêcher par là ; en fait, beaucoup de pêcheurs avaient l’habitude d’aller dans cette baie, il y a longtemps de cela. Mais les gens du pays évitaient ce lieu car ils disaient qu’il était hanté ; or cet homme s’était aventuré loin de chez lui et n’était pas au courant.

L’hameçon du pêcheur s’enfonça dans l’eau et se prit naturellement dans les ossements de la cage thoracique du squelette de la femme. Le pêcheur se dit :

« Alors là, j’ai attrapé un beau poisson ! J’en ai vraiment un beau ! »

Il commençait déjà à imaginer combien de gens ce gros poisson pourrait nourrir, combien il durerait et combien de temps cela le libèrerait de la corvée d’aller chasser.

Comme il luttait pour remonter la ligne et le poids lourd accroché à l’hameçon, la mer se souleva en une vague d’écume, son kayak fut bousculé dans tous les sens, car le squelette qui était sous l’eau se débattait pour se libérer. Mais plus il luttait, plus la ligne l’emprisonnait. Quoi qu’il fasse, il était inexorablement tiré vers la surface, retenu par les os de ses propres côtes. Le chasseur s’était détourné pour relever son filet et ne vit pas la tête chauve émerger des vagues, il ne vit pas les petites créatures de corail briller dans les orbites du crane, il ne vit pas les crustacés accrochés aux vieilles dents d’ivoire. Quand il se retourna avec son filet, le squelette tout entier avait fait surface, dans son état actuel, et était suspendu au bord de son kayak par ses longues dents de devant.

« Arg ! » s’écria l’homme, son cœur lui tomba jusqu’aux genoux, ses yeux se révulsèrent de terreur et se cachèrent de l’autre côté de sa tête, ses oreilles rougirent et s’enflammèrent. « Arg ! » hurla-t-il. Il repoussa le squelette de sa rame pour le rejeter à l’eau et se mit à pagayer comme un forcené jusqu’au rivage, sans réaliser qu’il s’était emmêlé dans la ligne.

Le squelette donnait l’impression d’être debout sur ses pieds comme s’il le poursuivait sur l’eau, amplifiant sa terreur. Quoi qu’il fasse pour faire dévier le kayak, le squelette restait derrière et son souffle jaillissait au-dessus de la mer en nuages de fumée, et ses bras s’élançaient comme pour l’attraper et le noyer.

« Arrrrrrgh ! » hurla-t-il en arrivant à terre. D’un bond il sauta de son kayak, en serrant sa canne à pêche contre lui et se mit à courir, le cadavre blanc corail de la femme-squelette toujours accroché à la ligne, sautillant de droite et de gauche juste derrière lui. Il se précipita dans les rochers, et elle le suivit. Il sauta par-dessus les poissons mis à sécher qui s’écrasèrent au sol sous le poids de ses bottes mukluks.

Et pendant tout ce temps la femme-squelette le suivait de près ; elle en profita même pour attraper du poisson gelé pendant qu’il la tirait derrière lui. Et elle se mit à manger car elle ne s’était rien mis sous la dent depuis une éternité.

L’homme finit par atteindre son iglou, plongea dans le tunnel d’accès et rampa à genoux à l’intérieur. Essoufflé, hors d’haleine, il s’allongea dans le noir, son cœur battant à toute allure, à grands coups. Ouf, sain et sauf, il était sauvé, enfin sauvé, merci les divinités, merci le corbeau, oui merci le corbeau et surtout la toute bienveillante Sedna ! Sauvé, enfin !

Alors, imaginez, quand il alluma sa lampe à huile, là, sur son sol de neige, le squelette était là, un tas d’os emmêlés, un genou par-dessus l’épaule, l’autre enfoncé dans la cage thoracique, un pied par-dessus le coude. Il ne sut dire plus tard ce qui lui arriva, peut-être que la lumière adoucissait les traits du squelette, ou peut-être tout simplement qu’il se sentait solitaire. En tout cas ce fut un sentiment de pitié qui l’envahit et il tendit lentement ses mains crasseuses pour démêler le fil de pêche et libérer le squelette en lui disant des mots doux, comme une mère à son fils :

« Oh, na, na, na. » Il libéra d’abord les doigts de pied, puis les chevilles. « Oh, na, na, na. » Des heures et des heures, il continua sa tâche jusqu’à la nuit, puis l’enveloppa de fourrures pour le réchauffer. Le squelette était remis en état, chaque os à la place qui devait être la sienne.

Il tâtonna à la recherche de son silex dans son étui de cuir et fit bruler quelques cheveux pour faire un peu de feu. De temps en temps il jetait un œil au squelette tout en huilant le bois précieux de sa canne à pêche et en rembobinant le fil. Et le squelette sous ses fourrures ne disait mot, n’osant parler de peur de se faire jeter dehors en bas des rochers, brisé à tout jamais.

L’homme se mit à somnoler, s’allongea dans ses couvertures en peau de bête et se mit à rêver. Et vous savez ce qui arrive souvent quand les humains rêvent, une larme perla à sa paupière ; on ne sait jamais quel genre de rêve la provoque, mais ce qu’on sait c’est qu’elle jaillit d’un rêve de tristesse ou de nostalgie. Et c’est ce qui arriva à l’homme.

La femme-squelette vit cette larme briller à la lueur du feu et se sentit brusquement envahie par une soif incroyable. Elle se mit à cliqueter dans tous les sens et rampa jusqu’à l’homme endormi, puis posa sa bouche sur la larme. Cette larme à elle seule fut comme une rivière d’eau douce et elle se mit à boire et boire pour étancher sa soif de tant d’années sans boire.

Elle s’allongea ensuite contre lui, pénétra dans les entrailles de l’homme endormi et lui prit son cœur au battement puissant. Elle s’assit et se mit à le frapper des deux côtés : Boum-Bomm, Boum-Bomm !

Tout en battant la mesure, elle se mit à fredonner : « Chair-chair-chair ! Chair-chair-chair ! » Et plus elle chantait, plus son corps se recouvrait de chair. Elle chanta pour des cheveux, pour de bons yeux et pour de belles mains bien larges, elle chanta pour la fente entre ses jambes, et pour une longue poitrine chaleureuse, et pour toutes les choses nécessaires à une femme.

Et quand elle fut prête, elle chanta aussi pour déshabiller l’homme et s’allongea dans son lit contre lui, peau contre peau. Elle remit en place le grand tambour de son cœur et c’est ainsi qu’ils se réveillèrent le lendemain, enlacés l’un contre l’autre, attachés l’un à l’autre, d’une bien autre manière que la veille, d’une manière bien agréable et durable.

Les gens qui ont oublié la raison de sa punition racontent qu’elle repartit avec le pêcheur et que les créatures de la mer les nourrirent comme il faut, car elle avait appris à les connaitre pendant son séjour sous l’eau. Les gens disent que c’est une histoire vraie et que c’est tout ce dont ils se souviennent."

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La salamandre aveugle

24 Octobre 2024

La salamandre aveugle

La salamandre est souvent mystifiée. On la pense souterraine, invulnérable au feu ou même capable de faire repousser ses membres coupés... 

Cette image donne le ton de "La salamandre aveugle" de Françoise Lefèvre, dont j'avais déjà lu "La première habitude"  et "Le petit prince cannibale".

J'apprends que Françoise lefèvre a publié, à 80 ans, le récit de ses souvenirs, à la mémoire de Christian Bobin.  Cela m'intrigue, alors j'écoute et je suis émue :

J'apprends que Françoise lefèvre a publié, à 80 ans, le récit de ses souvenirs, à la mémoire de Christian Bobin. Cela m'intrigue, alors j'écoute et je suis émue :

Puis, je lis ce commentaire du Nouvel Obs :

"Ne cherchez pas le récit de Françoise Lefèvre, « La Salamandre aveugle » sur l’interminable liste des nouveautés des rentrées littéraires. Vous ne le trouverez pas. Même pas un entrefilet. Une sortie à l’aveugle, pour la salamandre. Son éditeur, Jacques Flament, qui se définit comme un « artisan du livre » et habite l’Ardèche, « loin du sérail parisien », ne cherche pas à rivaliser avec les grosses maisons. C’est en toute discrétion, mais avec conviction, qu’il publie le texte bouleversant d’une femme octogénaire et modeste : « Je suis un bas-relief qui s’effrite. »

 

La salamandre aveugle

EXTRAIT, incipit:

"Un certain jour de novembre deux mille vingt-deux j’ai eu quatre-vingts ans Je le réalise mieux si je l’écris en chiffres 80 ans C’est aussi la première fois est-ce un effet de l’âge que j’écris sans ponctuation Sans passage à la ligne J’ai voulu retourner dans ma vie lointaine comme dans la forêt lointaine de la chanson J’ai voulu revoir les murs les fenêtres les portes le grand large les routes et les bois les clairières et les jonquilles le lilas le mimosa les jacinthes la position des étoiles les grands soleils blancs Certains hivers en Suède En Allemagne À Belfort J’ai voulu interroger le visage de l’amour quand il éblouit Quand il n’en reste plus qu’un brin d’herbe capable de soulever le bitume J’ai voulu retourner dans ces heures effrayantes et calmes aussi calmes et mortes que la Mer Morte Je veux cueillir ces fruits d’hiver qui gèlent aux branches nues d’un arbre encore vif Je nage je vole vers les pages vides du plus grand lointain Je veux y retrouver les visages perdus de l’amour Les voix à jamais tues Les sourires effacés dans la pierre Et plus que l’amour ce qui reste de l’amour et ne veut pas s’éteindre comme ces incendies criminels qui dévastent les forêts Ces vagues meurtrières qui engloutissent des cités Ces volcans silencieux qui se réveillent Et voilà qu’en ce jour de novembre on m’annonce ta mort Christian.....Tu me fais signe de loin de très loin À moi de ramasser les pierres sacrées que tu as déposées sur ma route comme autant de talismans qui m’aideront à retrouver mon chemin Je relis tes lettres qui m’éclairent au plus sombre du livre Je n’ai jamais rien compris à l’écriture À la page blanche qui soudain se couvre de mots Il y a des messes solennelles Des messes à la sauvette Des messes de brins d’herbes de bourgeons en fleurs D’hirondelles qui se perdent en chemin Il y a des messes jamais dites Des chants jamais chantés Des amours jamais avoués Il y a dans certains yeux plus de bleu que dans le ciel plus d’ardeur que dans le feu Plus de silence que dans un gouffre J’ai toujours cru aux forces de l’Esprit m’indiquant ma route bien mieux qu’un GPS Depuis un certain temps mon cœur se fatigue Pour accomplir ce qu’il me reste à faire il me la faudrait dix fois 80 ans Ne plus écrire serait mortel cependant écrire c’est se constituer prisonnière Voilà plus de vingt ans que je n’ai pas relu tes lettres Christian Aujourd’hui J’y trouve des réponses De mes yeux vides je fixe les berceaux vides Je suis un bas-relief qui s’effrite ..." FL.

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