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Articles récents

Joyeuses paques

5 Avril 2026

Joyeuses paques

(...)

Le samedi de Pâques, autrefois, je les trouvais par terre, étrange fruit des bordures de buis taillé. Je les pouvais cueillir aussi entre les tiges aqueuses de la jacinthe et des narcisses trompettes. Les couleurs épaisses des œufs durs de Pâques — un bleu d’encre, un rouge triste et violacé — sont bon teint dans mon souvenir.

Leur bleu, leur rouge, traversait parfois la coquille, veinaient le blanc de l’œuf. « Ne les mange pas, disait alors ma nourrice, c’est de la poison. » Elle rentrait du marché, le mardi de Pâques, en proie à un scandale annuel. « Quatorze sous la douzaine, les œufs ! Et on dit qu’on les verra à seize ! Qu’est-ce que le pauvre monde va bien pouvoir manger ? »

L’œuf, en ces temps lointains, était l’ordinaire des pauvres. Il était aussi le plus modeste des dons, un appoint alimentaire qu’on échangeait de porte à porte comme le brin de cerfeuil, la feuille de laurier, une « verrinée » de lait. Un œuf ! Qui songeait à vendre un œuf ? On l’offrait à un enfant en guise de bonbon : « Tu veux gober un caquin ? Il est tout chaud de la poule blanche ! »

Aux « roulées », les enfants de chœur quêtaient, et rapportaient des panerées, des sacs, des monceaux d’œufs, dont les paysans se montraient moins avares que de pain bis. Le facteur rural, qui s’appelait Roussine et ne savait comment nourrir ses sept enfants, revenait de sa tournée riche une fois par an, et fier de soixante douzaines d’œufs, qu’il cédait aux deux pâtissiers et au patron de l’auberge. « J’en ai retiré, me contait-il avec orgueil, jusqu’à des dix-huit et vingt francs. Seulement, dans les campagnes, ils me les mettent de côté un peu trop tôt. » Il rapportait aussi quelques-uns de ces fromages plats et durs, qu’on étoile d’un coup de poing, comme une vitre, et les dernières pommes ridées…"

 

COLETTE/La fleur de l'âge (œuvres complètes)

A la maison de Colette

A la maison de Colette

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Je te parlerai...

4 Avril 2026

 

(...)

Nathanaël, te parlerai-je des grenades,

On les vendait pour quelques sous, à cette foire orientale
Sur des claies de roseaux où elles s’étaient éboulées.
On en voyait qui déroulaient dans la poussière
Et que des enfants nus ramassaient.
— Leur jus est aigrelet comme celui des framboises pas mûres.
Leur fleur semble faite de cire ;
Elle est de la couleur du fruit.


Trésor gardé, cloisons de ruches,
Abondance de la saveur,
Architecture pentagonale.
L’écorce se fend, les grains tombent —
Grains de sang dans des coupes d’azur ;
Et d’autres, gouttes d’or, dans des plats de bronze émaillé !


— Chante à présent la figue, Sémiane,
Parce que ses amours sont cachées.


Je chante la figue, dit-elle,
Dont les belles amours sont cachées.
Sa floraison est repliée.
Figue ! Chambre close où se célèbrent des noces ;
Aucun parfum ne les conte au dehors.
Comme rien ne s’en évapore,
Tout le parfum devient succulence et saveur.
Fleur sans beauté ; fruit de délices ;
Fruit qui n’est que sa fleur mûrie…

 

J’ai chanté la figue, dit-elle,
Chante à présent toutes les fleurs…

 

La fleur ne vaut pour moi que comme une promesse de fruit.

 

(...)

 

"Les Nourritures terrestres" 1897,

 A.Gide

Chardin

Chardin

"Nathanaël à présent, jette mon livre ; dis-toi bien que ce n’est là qu’une des mille postures possibles en face de la vie. Cherche la tienne. Ce qu’un autre aurait aussi bien fait que toi, ne le fais pas. Ce qu’un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas, — aussi bien écrit que toi, ne l’écris pas. Ne t’attache en toi qu’à ce que tu ne sens qu’en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah ! le plus irremplaçable des êtres."

Je te parlerai...
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Sur la feuille d'érable,

3 Avril 2026

"La Beauté sauvera le monde" Dostoïevski

"La Beauté sauvera le monde" Dostoïevski

Renaissance

 

Le printemps arrive sur la pointe des pieds

La nature s'éveille et explose en mille et une grâces

 

Je renais avec chaque nouveau feuillage d'érable

La torpeur n'est pas infinie, l'exil ne tue pas tout

On se remet de l'impossible

 

Oui, on peut réapprendre à frémir

Vivre la beauté insoutenable du monde

Porter ses affres, ne pas en mourir

 

J'apprends à le faire chaque matin

Cueillir le beau est mon nouveau combat.

 

Ketty Nivyabandi

Ketty Nivyabandi

Sur la feuille d'érable,
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Au coeur,

2 Avril 2026

Rembrandt /  Retour de l'enfant prodigue

Rembrandt / Retour de l'enfant prodigue

"Ta bonté était le secret que ma vie devait découvrir :
il brillait depuis toujours au fond de mon passé. Il n'y
avait rien d'autre à déchiffrer sinon l'intelligence de
l'amour, rien d'autre à accomplir que le cueillage tardif
de ces fruits spirituels mûris précocement sur la
branche coursonne de mon cœur"

Lydie Dattas (L'expérience de Bonté
,
extrait)



Lydie Dattas est une poétesse française née en 1949. Elle est la fille d’un organiste de Notre-Dame de Paris et d’une actrice de théâtre. A l’âge de treize ans, elle commence à écrire des poèmes. Elle est l’auteur de La Nuit spirituelle (1994), L’Expérience de bonté (1999), Les Amants lumineux (2001), Le Livre des anges (2003), La foudre (2011), et d’une biographie de Jean Genet dont elle était l’amie dans les années 1970, La Chaste vie de Jean Genet (2006). Lydie Dattas a été mariée au poète tzigane et équilibriste Alexandre Bouglione et avec l'écrivain Christian Bobin dont elle a préfacé le dernier livre qu'il lui a dédié, Murmure. Sa plume drue et puissante touche au cœur de la cible.

 

Fenêtre Anny Duperey

Fenêtre Anny Duperey

 

 

 "Ménager, préserver scrupuleusement les instants de pure gratuité: ils sont les fenêtres de

      notre vie."

   François Cassingena-Trévedy

 

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1er Avril 2023

1 Avril 2026

JM OTHONIEL

JM OTHONIEL

"A son premier jour, Avril n'est décoré que de son propre nom. Écoutez, regardez, murmurez: des perles de lumière pendent au nom d'Avril, Avril qui, passant sur les lèvres de la terre et glissant des lèvres de la terre à celles de l'homme, fait un bruit menu de verrerie, de rire et de rêve vert qui s'ébroue."

François Cassingena-Trévédy

 

JADE

JADE

Voici du vert

dans le pré

sur les monts

dans les bois

sous mes pas

dans ma bouche!

Du vert pur

du vrai vert 

qui boit du jaune

dans le bleu de ses rêves!

Du vert sapin 

Du vert mousse trousse-chemise!

Du vert forêt 

profond dense et charnu !

Du vert persan 

presque bleu 

délicat sensuel!

C'est la fête du vert 

sur l'habit d’arlequin

dans le verre de Chartreuse

pour la belle Émeraude!

Dans la nature 

il se décline en vers libres!

A l'opposé du rouge 

il calme le feu des passions...

Mais il fait des envieux 

et l'on médit de lui!

En Chine antique 

céladon

il devint la couleur mystérieuse

 réservée aux Princes!

Et

Un point à l'envers...

Le vert tue!

Couleur froide et secondaire

elle empoisonne!

Et

Un point à l'endroit...

Amoureux comme un fou

il se fait tendre 

il est ...

Vie!

Amour!

Joie!

Ainsi

ambivalent

issu des ondes bleues 

et du jaune terrestre

Vert va vers son destin

vertigineux

en U - vert 

"Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux"

de Rimbaud.

 

Anny C (in Rais de lumière)

 

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PIVOINE

25 Mars 2026

Li Bai (701-762) disait: "La Pivoine est une beauté rouge qui parfume la rosée."

 

Branche de pivoine et sécateur, MANET

Branche de pivoine et sécateur, MANET

Longtemps

Pétale après pétale

Jour après jour

Ma pivoine s’éteint

Sous la Lune des fleurs

La Lune de sang.

(...)

Anny C.  (in Nid d'abeille)

Li Bai (701-762) disait:   "La Pivoine est une beauté rouge qui parfume la rosée."

Li Bai (701-762) disait: "La Pivoine est une beauté rouge qui parfume la rosée."

A la question 13 de son questionnaire :-  quelle est votre fleur préférée ? Marcel Proust répondit : Pivoine et Hibiscus.

En écho moins ambivalent, j’entends Bernard Pivot répondre : «  Pivoine »  de même que j’aurais pu le dire si on me l’avait demandé.

 

 

                                    

 
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BLANG-SEING,

24 Mars 2026

Printemps des poètes

Printemps des poètes


Sur les ailes du temps, sur les rires de l’enfant, sur l’ardente saison, 

sur les amis chéris, sur les peines de cœur, sur les gains et les pertes,

sur toutes les transmissions, sur la mer, la montagne, sur la passion d’aimer,

sur les vagues et les vignes, sur le corps, l’âme et l’esprit,

j’écris ton nom,

ma Vie!

 

Tu te coules, roules, t’écoules, 

te perds et te retrouves, 

ne te lasses jamais.

 

Tu tangues, danses, chantes,

tu dis et redis ta pulsion et ton rire,

aux larmes.

 

Ligne bleue sur le vert des prairies,

tu traces ta route, 

- la voyez-vous venir ?

 

Tu es au-delà,

toi - espace,

aile - horizon,

toi- force vive, 

élan, étoile, mirage,

zigzag du temps, 

fantôme insaisissable et présent,

mouvement, 

alerte,

somme de tous les points sur les

 

I

Rouges

 

Toi, tu bois le vin de paille 
 
et les bulles d’espoir

à la folie !


Toi, tu dis -
 
Vague à l’âme -

Mer de signes -

Blanc
 - seing .
 
Anny C. (inédit)
Blanc-Seing, Magritte

Blanc-Seing, Magritte

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Il est 8H10

23 Mars 2026

Petits Poëmes en prose (Édition de 1869)
CH. BAUDELAIRE


 L’HORLOGE

Les Chinois voient l’heure dans l’œil des chats.

Un jour un missionnaire, se promenant dans la banlieue de Nankin, s’aperçut qu’il avait oublié sa montre, et demanda à un petit garçon quelle heure il était.

Le gamin du céleste Empire hésita d’abord ; puis, se ravisant, il répondit : « Je vais vous le dire ». Peu d’instants après, il reparut, tenant dans ses bras un fort gros chat, et le regardant, comme on dit, dans le blanc des yeux, il affirma sans hésiter : « Il n’est pas encore tout à fait midi. » Ce qui était vrai.

Pour moi, si je me penche vers la belle Féline, la si bien nommée, qui est à la fois l’honneur de son sexe, l’orgueil de mon cœur et le parfum de mon esprit, que ce soit la nuit, que ce soit le jour, dans la pleine lumière ou dans l’ombre opaque, au fond de ses yeux adorables je vois toujours l’heure distinctement, toujours la même, une heure vaste, solennelle, grande comme l’espace, sans divisions de minutes ni de secondes, — une heure immobile qui n’est pas marquée sur les horloges, et cependant légère comme un soupir, rapide comme un coup d’œil.

Et si quelque importun venait me déranger pendant que mon regard repose sur ce délicieux cadran, si quelque Génie malhonnête et intolérant, quelque Démon du contre-temps venait me dire : « Que regardes-tu là avec tant de soin ? Que cherches-tu dans les yeux de cet être ? Y vois-tu l’heure, mortel prodigue et fainéant ? » je répondrais sans hésiter : « Oui, je vois l’heure ; il est l’Éternité ! »

N’est-ce pas, madame, que voici un madrigal vraiment méritoire, et aussi emphatique que vous-même ? En vérité, j’ai eu tant de plaisir à broder cette prétentieuse galanterie, que je ne vous demanderai rien en échange.

Baudelaire

 

 

Il est 8H10
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Pervenche, PRINTEMPS!

20 Mars 2026

Pervenche, PRINTEMPS!

Principe

 

On dit que le printemps est arrivé

C’est possible

Que l’arbre de Judée va fleurir

Et que le chant du coq…

Que ma voix s’est levée avec le chant du coq

Qu’un bouquet de pervenches s’est posé sur la terre

Que le ciel bleu est bleu

Et que la mer marine

On dit que les jours sont amis

Des nuits

On croit avoir tout dit

Et rien en vérité

De la beauté du fleuve

Et du bois qui renaît

De la ville égayée

Des âmes en bourgeons

Adamantines

En feu.

 

Anny C.(Dans le terreau de ma langue)

 

 

Pervenche, PRINTEMPS!
Pervenche, PRINTEMPS!
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