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Articles récents

Un dimanche sous le figuier

6 Avril 2025

Le figuier; KLEE

Le figuier; KLEE

LE FIGUIER
 
La maison n'était qu'un nœud de ténèbres
Reviens veux-tu bien nos pas recroiser
A-t-elle toujours ses volets funèbres
L’escalier de pierre aux marches brisées
 
Dis tu t’en souviens de l’enclos de murs
Où les lys avaient follement fleuri
La ronce y poussait dont saignaient les mûres
Nous rêvions alors y chercher abri
 
J’y revois toujours ta robe légère
Repassons le seuil en vain condamné
Retrouver ici l’odeur passagère
Qui remonte à nous du fond des années
 
Je trace ton nom sur le figuier mâle
Qui a ce parfum des corps entr’aimés
Ton nom va grandir dans l’écorce pâle
Avec l’arbre et l’ombre au jardin fermé
 
Je ne t’ai donné qu’un chant périssable
Comme était ce cœur pourtant qui battit
Ah mon triste amour mon château de sable
Les baisers sont seuls les amants partis
 
 

        LOUIS ARAGON

 
 
 
"La certitude d'avoir été aimé(e),un jour, une fois, c'est l'envol définitif du cœur dans la lumière"

 

Christian Bobin

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Epoustouflant

5 Avril 2025

KLIMT, PRINTEMPS

KLIMT, PRINTEMPS

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
Que le pâle soleil recule

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
Et tu ne veux pas avoir froid

Notre printemps est un printemps qui a raison.

Paul Eluard (Le Phénix)

 

Klimt ATTERSEE, maison de campagne

Klimt ATTERSEE, maison de campagne

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ECUMES DE LA VIE

4 Avril 2025

Jules Supervielle

Jules Supervielle

Jules Supervielle, "Cœur"

Il ne sait pas mon nom
Ce cœur dont je suis l’hôte,
Il ne sait rien de moi
Que des régions sauvages.
Hauts plateaux faits de sang,
Épaisseurs interdites,
Comment vous conquérir
Sans vous donner la mort ?
Comment vous remonter,
Rivières de ma nuit
Retournant à vos sources
Rivières sans poissons
Mais brûlantes et douces.
Je tourne autour de vous et ne puis vous aborder,
Bruits de plages lointaines,
O courants de ma terre
Vous me chassez au large
Et pourtant je suis vous, et je suis vous aussi
Mes violents rivages,
Écumes de ma vie.

Beau visage de femme,
Corps entouré d’espace,
Comment avez-vous fait,
Allant de place en place,
Pour entrer dans cette île
Où je n’ai pas d’accès
Et qui m’est chaque jour
Plus sourde et insolite,
Pour y poser le pied
Comme en votre demeure,
Pour avancer la main
Comprenant que c’est l’heure
De prendre un livre ou bien
De fermer la croisée.
Vous allez, vous venez,
Vous prenez votre temps
Comme si vous suivaient
Seuls les yeux d’un enfant.

Sous la voûte charnelle
Mon cœur qui se croit seul
S’agite prisonnier
Pour sortir de sa cage.
Si je pouvais un jour
Lui dire sans langage
Que je forme le cercle
Tout autour de sa vie !
Par mes yeux bien ouverts
Faire descendre en lui
La surface du monde
Et tout ce qui dépasse,
Les vagues et les cieux,
Les têtes et les yeux !
Ne saurais-je du moins
L’éclairer à demi
D’une mince bougie
Et lui montrer dans l’ombre
Celle qui vit en lui
Sans s’étonner jamais.

Dans Le forçat innocent, Gallimard

JULES SUPERVIELLE

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EMERAUDE

3 Avril 2025

         

 

          J’ai vu sous l’olivier fleurir le romarin

         Un oiseau a chanté

         Un pétale de temps sur l’herbe s’est posé

 

            Anny C.

 

Viallat

Viallat

       A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU

 

         " Longtemps, je me suis couché....  (premiers mots)

 

                              - entre les deux:   

                  3632 PAGES (LA PLÉIADE)              

            

          (derniers mots) ...dans le Temps."

              =

            "LONGTEMPS JE ME SUIS COUCHE DANS LE TEMPS"  Marcel Proust

 

          « De jeunes écrivains, avec qui je suis d'ailleurs en sympathie, préconisent au contraire une action brève avec peu de personnages. Ce n'est pas ma conception du roman. Comment vous dire cela ? Vous savez qu'il y a une géométrie plane et une géométrie dans l'espace. Eh bien, pour moi, le roman ce n'est pas seulement de la psychologie plane, mais de la psychologie dans le temps. Cette substance invisible du temps, j'ai tâché de l'isoler, mais pour cela il fallait que l'expérience pût durer. J'espère qu'à la fin de mon livre, tel petit fait social sans importance, tel mariage entre deux personnes qui dans le premier volume appartiennent à des mondes bien différents, indiquera que du temps a passé et prendra cette beauté de certains plombs patinés de Versailles, que le temps a engainés dans un fourreau d'émeraude. » - Marcel Proust, Le Temps, Elie-Joseph Bois, novembre 1913

 

Emeraude

Emeraude

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FIL-ANTHROPES

2 Avril 2025

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L'inouï nous attend

1 Avril 2025

Walt Whitman, « Oseras-tu bientôt mon âme »

Oseras-tu bientôt mon âme
T'aventurer avec moi dans les régions inconnues,
Où il n'y a plus sol sous les pieds ni sentier pour les pas?
Ni carte ni guide non plus,
Ni voix qui résonne, ni contact de la main humaine,
Ni visage chair épanouie, ni lèvres, n'ont cours dans ce pays-là.
C'est l'inconnu pour moi Mon Ame,
C'est l'inconnu pour toi aussi, le blanc de la carte devant nous,
L’inouï nous attend en ce pays inaccessible, cette région-là-bas.
A nous de nous lancer vers l'avant, flottant
Dans l'espace dans le Temps toi mon âme, nous étant préparés,
Égaux ensemble enfin dans l'équipement (ô joie fruit absolu!), pour les remplir, mon âme.

Dans Feuilles d’herbes. Traduction Jacques Darras, Grasse

Walt Witman

Walt Witman

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TROP ROUSSE. !

30 Mars 2025

TROP ROUSSE. !

  

La complainte de la butte

     

 Paroles de  Jean Renoir

      En haut de la rue st Vincent

Un poète et une inconnue
S'aimèrent l'espace d'un instant
Mais il ne l'a jamais revue
 
Cette chanson il composa
Espérant que son inconnue
Un matin d'printemps l'entendra
Quelque part au coin d'une rue
 
La lune trop blême
Pose un diadème
Sur tes cheveux roux
La lune trop rousse
De gloire éclabousse
Ton jupon plein d'trous
 
La lune trop pâle
Caresse l'opale
De tes yeux blasés
Princesse de la rue
Soit la bienvenue
Dans mon cœur blessé
 
Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux
Les ailes des moulins protègent les amoureux
 
Petite mandigote
Je sens ta menotte
Qui cherche ma main
Je sens ta poitrine
Et ta taille fine
J'oublie mon chagrin
 
Je sens sur tes lèvres
Une odeur de fièvre
De gosse mal nourri
Et sous ta caresse
Je sens une ivresse
Qui m'anéantit
 
Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux
Les ailes des moulins protègent les amoureux
 
Mais voilà qu'il flotte
La lune se trotte
La princesse aussi
Sous le ciel sans lune
Je pleure à la brune
Mon rêve évanoui
 
JEAN RENOIR
 
JEAN RENOIR PAR AUGUSTE RENOIR

JEAN RENOIR PAR AUGUSTE RENOIR

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Juste un instant

29 Mars 2025

Juste un instant

"L’extase",

 

de 

Paul Éluard

 

Je suis devant ce paysage féminin
Comme un enfant devant le feu
Souriant vaguement et les larmes aux yeux
Devant ce paysage où tout remue en moi
Où des miroirs s’embuent où des miroirs s’éclairent
Reflétant deux corps nus saison contre saison

J’ai tant de raisons de me perdre
Sur cette terre sans chemins et sous ce ciel sans horizon
Belles raisons que j’ignorais hier
Et que je n’oublierai jamais
Belles clés des regards clés filles d’elles-mêmes
Devant ce paysage où la nature est mienne

Devant le feu le premier feu
Bonne raison maîtresse
Étoile identifiée
Et sur la terre et sous le ciel hors de mon cœur et dans mon cœur
Second bourgeon première feuille verte
Que la mer couvre de ses ailes
Et le soleil au bout de tout venant de nous

Je suis devant ce paysage féminin
Comme une branche dans le feu.

 

24 novembre 1946.

Juste un instant
Henri Rousseau Yhe Dream

Henri Rousseau Yhe Dream

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IL MARCHE!

28 Mars 2025

L'HOMME QUI MARCHE, GIACOMETTI

L'HOMME QUI MARCHE, GIACOMETTI

 

 

"Tout semble sans effort

  Tout semble à l’équilibre"

OLivier Jousset

OLivier Jousset

Je marche

 

Je marche et je vois

Je marche et ce que je vois n’est déjà plus ce que j’ai vu

Encore un éclair avalé par la gueule du passé

Encore un souvenir enchaîné au fond des oubliettes

il va rester là tapi dans l’ombre peut-être à jamais

Je marche

Je marche sous la pluie sur les pavés séculaires

Je marche sur les traces de très anciens cochers

Là le bruit des sabots qui trépignent et hennissent

Là les mères courage et leurs seins en tétée

Là les ivrognes mendiants couchés dans leur détresse

Je marche et je pense à l’absinthe qui saoulent les poètes

Je marche et croise des silhouettes de jambes et de capuches

Elles pilotent au radar et avancent l’air décidé

A quoi pensent-elles ?

M’ont elles déjà oublié ?

Ont-elles toutes perdu leurs yeux dans le vent harassant ?

Je tente un regard pour capter une lueur

J’envoie une lueur pour tenter un regard

Je marche avec des gouttes qui dansent sur le bout de mon nez

Je marche dans la cadence de mon cœur qui vieillit

Je pense à mes orteils gelés et à l’amour brûlant

Je pense à un feu de cheminée en bolérant Ravel

Je pense à mes amis que je viens de quitter

Je pense à la mort qui tapine au tournant

Je pense au tournis que nous donne la vie

Je marche pour elle sous la pluie bordelaise

J’avance dans son mirage et j’ai froid aux genoux

Une lumière me traverse en slalom miroitant

Je marche d’un pas léger un sourire accroché

Je marche illuminé dans mon corps détrempé

Tout semble sans effort

Tout semble à l’équilibre

Ma masse se floute d’une sensation d'apesanteur sereine

Arrêt sur image débrancher les nuages

et le vent et le soleil et tout le bleu du ciel

Le temps de prendre la photo le temps de s’oublier

Renaître dans l’instant renaître de l’instant

Devenir son présent être son cadeau

Tout semble sans effort

Tout semble à l’équilibre

Les ombres se chiffonnent les lumières se dispersent

une infime brise se lève et crache une bourrasque

Je marche comme un automate vers un destin étrange

J’écris des tas de mots en regardant mes pieds

Je vois tout le passage de cette ville insensée

J’écris l’essentiel pour ne pas l’oublier

je stoppe l’instant j’arrête l’éternité

Je sors mon stylet pour graver ma pensée

Il pleut

Il pleut tellement que ma tête se vidange

Encore perdu le fil de ma jolie plume d’ange

une goutte s’est glissée dans mon cou qui frissonne

Je marche

Je marche en route vers mon havre de paix

Je marche vers mon carrosse et sa robe blanche et sage

Je marche les os humides sous la lumière dorée

Je marche dans l’éclaircie de l’automne de ma vie

 

Je marche et marche encor’ sans plus penser à rien...

 

        Olivier JOUSSET

 

 

 

 

"Les poètes, il faut les protéger"

    Ariane Ascaride (marraine du Printemps des poètes)

 

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ZAZIE M'A DIT

27 Mars 2025

Pour un art poétique

 

"Prenez un mot 

prenez en deux `faites les cuir' comme des œufs 

prenez un petit bout de sens 

puis un grand morceau d'innocence 

faites chauffer à petit feu

 au petit feu de la technique 

versez la sauce énigmatique 

saupoudrez de quelques étoiles 

poivrez et mettez les voiles 

Où voulez-vous donc en venir ? 

A écrire 

Vraiment ?

A écrire ? "

 

Raymond Queneau (1903-1976)

 

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