Paris sera toujours Paris,
Chanson de la Seine
La Seine a de la chance
Elle n’a pas de soucis
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement sans bruit
Et sans se faire de mousse
Sans sorti de son lit
Elle s’en va vers la mer
En passant par Paris
La Seine a de la chance
Elle n’a pas de soucis
Et quand elle se promène
Tout le long de ses quais
Avec sa belle robe verte
Et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse
Immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers
Mais la Seine s’en balance
Elle n’a pas de soucis
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s’en va vers le Havre
Et s’en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères
Des misères de Paris.
Jacques Prévert
“Chanson de la Seine”, tiré du recueil “Spectacle” paru aux éditions Gallimard
Andante,
Ils marchent
dans le clair-obscur des songes
Ombres parmi les ombres
En silence prenant
Ils marchent
dans leurs ondes
A l’unisson des temps
Ils vont
dans des buissons de mots
Leurs corps fluides ensemble
Ils avancent
très humblement
Il y a des princes et des pauvres
Ils marchent
transfigurés d’espoir
quand leurs voix se répondent
Rimbaud boîte sur les pas de Lélian
Villon renaît de ses cendres
Un poème albatros déploie ses larges ailes.
A l'aube
L'aube redite
Des mots
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Leonard Cohen - Come Healing (Official Live in Dublin 2013)
LeonardCohen #ComeHealingLive #LiveInDublin Leonard Cohen - Come Healing (Official Live in Dublin 2013) Shop LPs and more: https://shop.sonymusic.ca/collections/leonard-cohen Subscribe to ...
Brumes d'automne,
Brume matinale d’automne,
Une atmosphère cristalline devient sulfure, boule vénitienne que Jean-Michel
Othoniel décline en colliers, chapelets, serpents, vagues hautes, roses noires, galets
précieux et briques aux reflets vert sombre mystérieux, véritables bijoux –
cellules de l’ADN cosmique d’un paradis perdu.
Le silence crèverait le cœur
S’il n’y avait plus de mot pour dire…
L’automne bois de rose
L’automne lie de vin
L’automne chant du cygne
Quand...
Le noir se nuit à lui-même
Craquelle les ombres
Encre les arbres
Le songe s'épure
Il y a ici une once d'hiver
Avec ce Goncourt là,
" Moi, je n'ai pas la force qu'il faudrait pour ne pas donner à voir ce qui va mal, pas la force de ne pas dénoncer, de ne pas me mettre en colère, j'essaie de regarder le réel en face et je me dis qu'il faut chanter la beauté aussi dans la laideur et les tourments humains et chercher à travers la nuit la lumière intérieure des femmes et des hommes. Et s'il faut dire l'étonnement devant le soleil levant sur le mur en face de chez soi, s'il faut s'émerveiller d'un corps et dessiner des fleurs, peindre des océans, écrire la fugacité du temps, accueillir la beauté et apprendre à la voir, il faut aussi parfois la chercher dans ce qui nous effraie, dans ce qui nous rebute, dans les plis de nos silences honteux, elle s'y trouve autant que dans un tableau de Bonnard et, si vous acceptez de la regarder, vous verrez, elle rendra votre vie plus forte et plus solide."
Laurent Mauvinier
La maison vide, Goncourt 2025
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Alexandre Kantorow : Brahms, Valse op.39 n°15
Le pianiste Alexandre Kantorow est nommé dans la catégorie "Révélation, Soliste instrumental" des Victoires de la Musique Classique 2019. Il interprète la Valse op. 39 n°15 de Johannes Brahms...
Avec ce voyageur-là,
"J'aime les traces écrites, elles m'émeuvent profondément"
Nicolas Bouvier
(1929/1998)
(Routes et Déroutes)
"Depuis la toute petite enfance, j'ai une fringale de connaissances disparates et un peu tsiganes. Je chéris ce qu'on appelle la culture générale et je bricole de petits morceaux de savoir comme on ramasserait les morceaux épars d'une mosaïque détruite, partout où je peux, sans esprit de système. Et je vois ces choses se mettre en place, d'une façon mystérieuse, comme à l'intérieur d'une sphère où tout conspirerait à achever une sorte d'ensemble harmonique, polyphonique. Encore maintenant, à chaque fois que je peux glaner un petit truc, à gauche ou à droite, je suis content comme un gamin qui va marauder des œufs dans des nids de passereaux. La seule chose qui me fasse accepter l'idée de vieillir, c'est de compléter cette mosaïque encore lacunaire.
(p. 55) (Routes et déroutes)
Nicolas Bouvier
VIBRATIONS,
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Lang Lang - Bach: Goldberg Variations, BWV 988: Aria
"I've been studying this work for more than 20 years - performing and recording it has been a lifelong dream." So says Lang Lang about J.S. Bach's Goldberg Variations, a monumental keyboard work ...
Variations intemporelles
Toute Variation est liée au Temps
Dans l'Espace de la page blanche, elle devient intemporelle
De fil en aiguille, de Poèmes en Images, d’Images en Pensées, une Vibration sensible crée un fragment d’infini
La mémoire tatouée
Hante le souvenir
Le temps travaille pour ce fragment d'infini
Il reste les mots, les images, les vibrations qui tremblent devant nous
Anny C.
Quelques bulles
Tendre l'arc,
L'HOMME REVOLTE,
" (...)
À cette heure où chacun d'entre nous doit tendre l'arc pour refaire ses preuves, conquérir, dans et contre l'histoire, ce qu'il possède déjà, la maigre moisson de ses champs, le bref amour de cette terre, à l'heure où naît enfin un homme, il faut laisser l'époque et ses fureurs adolescentes. L'arc se tord, le bois crie. Au sommet de la plus haute tension va jaillir l'élan d'une droite flèche, du trait le plus dur et le plus libre."
FIN (1951)
(...)
"Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d’Élée !
M’as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas !
Le son m’enfante et la flèche me tue !
Ah ! le soleil… Quelle ombre de tortue
Pour l’âme, Achille immobile à grands pas !
Non, non !… Debout ! Dans l’ère successive !
Brisez, mon corps, cette forme pensive !
Buvez, mon sein, la naissance du vent !
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme… Ô puissance salée !
Courons à l’onde en rejaillir vivant
Paul Valéry / in Le cimetière marin
(...)
"Elle revêtit le costume minimaliste comme un principe chic, élégant, une juste cible de vie semblable au trait du calligraphe ou au tireur à l’arc du kyodo. Pour tenir l’intention, elle médita. Certes, elle avait déjà et à plusieurs reprises tenté de le faire, avait fréquenté plusieurs cercles orientaux, avait lu l’Art des listes, celui de vivre dans la simplicité, dans la frugalité même, avait en elle ce goût du zen, rêvait d’aller à Kyoto, avait donné à son jardin un air japonisant. Elle pouvait donc aller dans ce sens sans se sentir frustrée mais au contraire enrichie parce que cela lui paraissait une nouvelle éthique juste et pure, claire.
Ecoute, va, regarde.
Unifie-toi toi-même à chaque instant.
Ressens avec attention !
Nous ne sommes pas séparés.
Entraille-toi d’abord.
Va vers ta prochaine naissance.
Elle se sentit comme sauvée de s’être perdue. Guerrière devenue, le regard précis, le geste juste, la flèche dans la cible, Jeanne sans enfant se sentit enceinte de vie. Il lui fallait donc porter ce nouveau temps jusqu’à la fécondité de sa conscience."
Anny C.
(in Onde traversière, nouvelle)
Mythique,
LE MYTHE DE SISYPHE (1942)
« Sisyphe regarde alors la pierre dévaler en quelques instants vers ce monde inférieur d’où il faudra la remonter vers les sommets. Il redescend dans la plaine. C’est pendant ce retour, cette pause que Sisyphe m’intéresse. Un visage qui peine si près des pierres est déjà pierre lui-même !..Cette heure qui est comme une respiration et qui revient aussi sûrement que son malheur, cette heure est celle de la conscience. A chacun de ces instants, où il quitte les sommets et s’enfonce peu à peu vers les tanières des dieux, il est supérieur à son destin. Il est plus fort que son rocher.
Si ce mythe est tragique, c’est que son héros est conscient. Où serait en effet sa peine, si à chaque pas l’espoir de réussir le soutenait ?... La clairvoyance qui devait faire son tourment consomme du même coup sa victoire. Si la descente ainsi se fait certains jours dans la douleur, elle peut se faire aussi dans la joie...
Le bonheur et l’absurde sont deux fils de la même terre... l’homme absurde, quand il contemple son tourment, fait taire toutes les idoles. Dans l’univers soudain rendu à son silence, les mille petites voix émerveillées de la terre s’élèvent. Appels inconscients et secrets, invitations de tous les visages, ils sont
l’envers nécessaire et le prix de la victoire. Il n’y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit. L’homme absurde dit oui et son effort n’aura plus de cesse...A cet instant subtil où l’homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d’actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l’origine tout humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n’a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore... Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux*. »
(* c'est une phrase d'abord prononcée par le penseur japonais Kuki Shuzo avant de l'être par Albert Camus."
Albert Camus, Mythe de Sisyphe, p. 196
RAYON VERT,
«Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers »,
écrivit Rainer Maria Rilke,
Rayon vert…
Le goéland vrille vole
Nous prend sous son aile
Et nous fendons l’espace
Tailleurs de jade
Suivant la veinure du ciel
Dans le souffle bleu
De la mer
Anny C. (Onde traversière)
« C'est l'honneur de la poésie qu'elle soit la dernière possession de l'homme après qu'on lui a tout arraché, qu'elle soit radicalement liée à cette espérance et à cette angoisse fondamentales qui persistent en l'homme tant que le souffle persiste, et que ses justifications se confondent avec les justifications de toute vie. Ce qui est plus, l'acte poétique, lorsqu'il ouvre sur une aventure et un risque pléniers, aura le pouvoir de restituer l'homme à son destin, - à un destin où, à vrai dire, rien n'est apaisé, rien n'est pour lui résolu d'avance, mais où il éprouvera du moins comme une responsabilité et comme une sommation le seul fait de sa présence en face de l'incendie et de l'écroulement.»
Ce texte est extrait de la recension de Porche à la nuit des saints de Pierre Jean Jouve, in Suisse contemporaine, Lausanne, n° 3, 1942, p. 247-251. Il est repris dans la Poésie et la guerre, 1942-1944, 1999, Genève, Zoé, p. 21-27. C'était le premier texte de Jean Starobinski. Il avait 22 ans.
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