CARTES BLANCHES
" Les poèmes ?
Quelques petites lanternes où brûle encore le reflet d'une autre lumière
peut-être ne voit-on le rose du soir sur les murs qu'au plus froid de l'hiver
&
Et des nuages très beaux dans l'air bleu
qui sont des boucles de glace
La buée de la voix
que l'on écoute à jamais tue
Dans le flux,
"À chaque nouvelle peine trop forte, nous sentons une veine de plus qui saillit, développe sa sinuosité mortelle au long de notre tempe, sous nos yeux.
Et c’est ainsi que peu à peu se font ces terribles figures ravagées
du vieux Rembrandt, du vieux Beethoven de qui tout le monde se moquait.
Et ce ne serait rien que les poches des yeux et les rides du front s’il n’y avait la souffrance du cœur.
Le bonheur est salutaire pour le corps mais c'est le chagrin seul qui développe les forces de l'esprit."
Marcel Proust (La recherche)
Un Point ouvert dans le ciel
un point
un seul point que tu cherches sans relâche
le point de la nuit
le point de la vieun point
un seul point ouvert dans le ciel
le commencement du commencement
le point ardent
irrémédiablegrand temps
il est grand temps de revenir à ce point
grand temps entre la rouille et la soie de retrouver une brèche toujours plus aigüe
un point pour ponctuer le monde au plus juste au plus chavirépoint foyer
grand temps
point porteur de tout point d'un retour à tout
pour fuser dans le vrai
ricocher dans l' immense
il est grand temps de rassembler l'éparpillement
de mettre sa peau sur la table
grand temps de terrasser toutes les idoles
de pénétrer l'invisible
d'inspirer jusqu'au ventre du cielc'est le point de la qualité pure des choses
le tiret d'Emily Dickinson griffant l'illimité
c'est le point des marques d'ongles éperdues derrière chaque syllabe
un point pour tenir le monde
pour tanguer encore et toujours quand la nuit s'effondre
un point avec cette force d'enfanceoui
comme un poids d'enfance dans la poitrine
cette force enfin désenfouilllie
c'est le point le seul point irradiant
point source sans repère sans attache
point d'abandon
soleil de souffle
qui mord l'infini.
Zéno Bianu
Taillé par le verbe
Aux grains qui s’égrènent
Seul au désert
Le diamant
Poli par la meule des jours
Accueille la lumière dans le tamis
Sur le sang perlent des rubis
L’outre se vide à temps des scories de la veille
Une aspiration retourne les plans
Dans la musique bleue des songes
En éveil.
Anny C ( La lumière dans le tamis)
Un poète s'en est allé...
« je joue au bord du silence
chaque note a sa pesanteur
son apesanteur particulière
je ne bavarde jamais
je n’aime pas le brio
le brio c’est toujours l’ego
et ses vieilles lunes
je préfère jouer vers autrui vers l’autre
rendre sereinement mon cœur
oui
ma musique s’envole vers autrui
c’est un art de l’envol quoi d’autre » (p61)
Zeno Bianu
=
Le poète franco-roumain Zéno Bianu, auteur d’une œuvre protéiforme mariant l’écriture, le théâtre et le jazz, est mort, vendredi 9 janvier 2026 , à 75 ans, a annoncé son éditeur, Gallimard. « Poète, auteur dramatique, orientaliste, traducteur, Zéno Bianu a été l’un des signataires du “Manifeste électrique” qui secoua la poésie dans les années 1970 », écrit la maison d’édition. « Ses textes, denses et vibrants, entraient volontiers en résonance avec les figures limites de l’art », comme Antonin Artaud, Yves Klein, Chet Baker ou Pier Paolo Pasolini, ajoute-t-elle.
Or d’infiniPas seulement le sablemais le secret sous le sabledans la marge des nerfspour épeler le cœurdénombrer l’infinisur les cahiers du cielpas seulement le secretmais l’or sous le secretcomme le prénom de Dieupour déshabiller mes yeuxréciter les pierresdéchiffrer le feupas seulement l’ormais la promesse sous l’orune langueur d’herbe soupleoù je glisse dans l’absolumentdans le pardon de l’airpas seulement la promessemais l’écorce sous la promesseun froissement de brumesdans ma voixun battement de soleilscontre la blessure du mondepas seulement l’écorcemais le miroir sous l’écorcepour voir mon cœuren copeaux d’horizonpour voir la nuitqui brûle
Vers le Printemps des Poètes 2026,
ANNONCE
Du 9 au 31 mars 2026, dans tous les territoires de France et dans plus de 50 pays à travers le monde, le Printemps des Poètes, avec 17 millions de participants nationaux en 2025, fédérera de nouveau une diversité d’énergies et une multiplicité de talents autour de la célébration de la poésie.
Avec pour thème de cette 28e édition –
Liberté. Force vive, déployée.
A l'affiche,
Dans la presse : "On ne sait plus trop quoi aimer de plus chez Pascal Quignard : le théoricien de la lecture ou le praticien de l'écriture. (.. .) On se laisse transporter par cette suite magique de contes, d'étymologies, d'anecdotes, de fragments qui expose, sans jamais la singer, ce que peut la vie.", Les Inrockuptibles Et pourtant...vient de sortir!
Aux Éditions Hardies. « Quelle joie qu’un nouvel éditeur apparaisse. Quel bonheur qu’il se soucie de littérature pure. Quelle merveille enfin que l’amitié, la mémoire, la ferveur, les passions partagées y président. Je sens qu’un destin magique nous favorise. » Pascal Quignard
En lisant un peu plus comme en flânant, j'ai eu l'impression d'un vagabondage dans un tableau de Chagall, cela peut paraître étrange, sans doute faut-il lire le "roman" en entier pour vraiment rencontrer le texte, son errance, comme dans Sensation de Rimbaud !
(T)amisons-nous)
Amis,
Dans ce tamis de nous
Où nous sommes en un
Où nous sommes c‘est tout
Entrer en relation
C'est la mer allée
Sa poésie Sa poésie
Anny C.
De la plume à la ligne,
La plume de Sidonie Gabrielle Colette sur la ligne de...
CHANEL,
"Si chaque visage humain porte la ressemblance d’une bête à bec, à museau, à naseaux, à mufle, à trompe, à crinière, Mademoiselle Chanel est un petit taureau noir. Que vient faire ici la Camargue ? L’Auvergne réclame sa pionnière… Il n’importe : de par l’énergie butée, la manière de faire face, d’écouter, par l’esprit de défense qui, parfois, lui barricade le visage, « Chanel » est un taureau noir. La touffe sombre, frisée, apanage des taurillons, retombe sur son front jusqu’à ses sourcils et danse à tout mouvement de sa tête. C’est au secret du travail qu’il convient de regarder cette figure de conquérante réfléchie.
On la dit fort riche. Par chance, elle n’a rien gardé, sur elle-même, du contagieux éclat de l’or, indiscrète lumière qu’exsudent les êtres faibles et comblés de biens.
La voici piétée sur des matériaux bruts, entre des pilastres de jersey, des poutrelles de foulard imprimé, couchées. De longs drains de satin roulé chatoient — chaos de moellons élastiques dont l’éboulement ne s’accompagne d’aucun bruit. Les parois même de la pièce sont enflés de sourds molletons, de duveteux lainages, ici tout est silence. Une figuration, muette au murmure d’acquiescement près, retient son souffle : Mademoiselle Chanel est occupée à sculpter un ange de six pieds. Un ange blond doré, impersonnel, séraphiquement beau si l’on ne prend garde à sa rudimentaire ciselure, à l’indigence de sa chair, et morne — un de ces anges à porter le diable en terre.
L’ange, inachevé, chancelle parfois sous les deux bras créateurs, sévères, pétrisseurs, qui le pressent. Chanel travaille des dix doigts, de l’ongle, du tranchant de la main, de la paume, de l’épingle et des ciseaux, à même le vêtement, qui est une vapeur blanche à longs plis, éclaboussée de cristal taillé. Parfois elle tombe à genoux devant son œuvre et l’étreint, non pour la révérer, mais pour la châtier encore, pour resserrer sur les hautes jambes de l’ange son nuage, assagir quelque expansion de tulle… Fougueuse humilité d’un corps devant sa besogne préférée ! Chanel est ainsi pareille, les reins tendus, les pieds repliés sous les cuisses, à la lavandière prosternée qui bat le linge, aux dures ménagères, entraînées, jour après jour et vingt fois le jour, à de prestes génuflexions de nonnes… Cet entraînement professionnel du corps la laisse mince, un peu creusée par la fatigue. Elle m’offre en ce moment une nuque dévorée de cheveux noirs, qui croissent avec une vigueur végétale. Elle parle en travaillant, bas, d’une voix contenue exprès. Elle parle, elle enseigne et reprend, avec une sorte de patience exaspérée. Je distingue des mots réitérés, chantonnés comme des motifs musicaux essentiels : « J’ai horreur des petits machins… Combien de fois faudra-t-il redire que l’ampleur amincit ? Je ne me lasserai pas de redire… Appuyez là, donnez de l’aisance ici… Non, pas de petits machins sur un tissu qui se défend tout seul… Appuyez ici, lâchez à partir de là… Non, n’étriquez pas… Je ne me lasserai pas de redire… »
Cette douceur, que Chanel exige — et obtient — d’elle-même, me surprend plus que son autorité, car j’ai lu sur son visage ce qui est le plus lisible : deux longs sourcils noirs qu’elle n’épile point, despotiques, aptes à se joindre, se hausser, s’abaisser — surtout s’abaisser ! — tressaillant chaque fois que la touffe de cheveux dansante les agace… De ces sourcils l’attention descend à la bouche, mais là je ne décide pas si aisément, car à l’instant de la concentration et du mécontentement le milieu du visage devient, semble-t-il, concave, aspiré du dedans, retiré sous l’auvent du sourcil, sous la volute noire des cheveux. Ce n’est qu’un instant, mais de mutisme total, de retraite farouche, une pétrification éphémère à laquelle la bouche échappe soudain — lèvres flexueuses, aux coins tristes, impatientes, domptées, punies par des dents coupantes…
L’ange mannequin est parti. Un autre séraphin roux l’a remplacé, et s’en va. Puis c’est une sorte de déité, gominée, si j’ose écrire, tellement qu’elle semble avoir chu du ciel, la tête la première, dans un tonneau de mélasse… À chaque céleste passante Chanel rêve d’attacher quelque séduction terrestre, car j’entends la voix basse et obstinée : « Enlevez ces petits machins. Ne chargez pas ce décolleté… Je veux voir le poignet, le cou… Tenez, regardez ce que je fais… Je ne me lasserai pas de redire… »
Une pause m’éveille. Mademoiselle Chanel se repose debout comme les chevaux de sang, mange de même et goûte d’un petit pain, faisant à coups de dents voler — ainsi disaient nos pères — les miettes au plafond.
Deux sombres feux » sous la touffe drue, vont darder enfin vers moi, je pense, l’humeur gaie du petit taureau noir en récréation… Non. Pas encore. Car Chanel, déposant son pain-flûte, manie amoureusement un cuir d’antilope, mol et gratté, poncé, fondant, et sa doublure de fourrure plus suave encore :
— C’est pour moi, ça, c’est pour moi ! Enfin, un vêtement pour moi ! Oh ! que ça va être bon d’avoir si chaud ! Un bon vêtement fourré bien léger » bien clos…
Elle ferme les yeux et serre contre sa joue, d’un geste exclusivement féminin, la fourrure rase et sa fauve odeur, et j’évoque à voix haute la promenade ralentie en plein air hivernal, le demi-sommeil en voiture, sous le manteau d’antilope. Les paupières fermées dévoilent brusquement deux prunelles couleur de granit pailleté, couleur d’eau montagnarde au creux d’une roche ensoleillée, et Mademoiselle Chanel rembarre net mes suggestions de paresse emmitouflée :
— Ça ? C’est pour aller chasser le sanglier."
COLETTE
Prisons et Paradis
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1959 : Coco Chanel "Les femmes sont toujours trop habillées" | Archive INA
Abonnez-vous http://bit.ly/Inastars Cinq colonnes à la une | RTF | 06/02/1959 Première interview à la télévision de Mademoiselle Coco CHANEL sur la mode, sa prochaine collection, l'élégance,...
De la plume à la ligne,
La plume de Sidonie Gabrielle Colette sur la ligne de...
CHANEL,
"Si chaque visage humain porte la ressemblance d’une bête à bec, à museau, à naseaux, à mufle, à trompe, à crinière, Mademoiselle Chanel est un petit taureau noir. Que vient faire ici la Camargue ? L’Auvergne réclame sa pionnière… Il n’importe : de par l’énergie butée, la manière de faire face, d’écouter, par l’esprit de défense qui, parfois, lui barricade le visage, « Chanel » est un taureau noir. La touffe sombre, frisée, apanage des taurillons, retombe sur son front jusqu’à ses sourcils et danse à tout mouvement de sa tête. C’est au secret du travail qu’il convient de regarder cette figure de conquérante réfléchie.
On la dit fort riche. Par chance, elle n’a rien gardé, sur elle-même, du contagieux éclat de l’or, indiscrète lumière qu’exsudent les êtres faibles et comblés de biens.
La voici piétée sur des matériaux bruts, entre des pilastres de jersey, des poutrelles de foulard imprimé, couchées. De longs drains de satin roulé chatoient — chaos de moellons élastiques dont l’éboulement ne s’accompagne d’aucun bruit. Les parois même de la pièce sont enflés de sourds molletons, de duveteux lainages, ici tout est silence. Une figuration, muette au murmure d’acquiescement près, retient son souffle : Mademoiselle Chanel est occupée à sculpter un ange de six pieds. Un ange blond doré, impersonnel, séraphiquement beau si l’on ne prend garde à sa rudimentaire ciselure, à l’indigence de sa chair, et morne — un de ces anges à porter le diable en terre.
L’ange, inachevé, chancelle parfois sous les deux bras créateurs, sévères, pétrisseurs, qui le pressent. Chanel travaille des dix doigts, de l’ongle, du tranchant de la main, de la paume, de l’épingle et des ciseaux, à même le vêtement, qui est une vapeur blanche à longs plis, éclaboussée de cristal taillé. Parfois elle tombe à genoux devant son œuvre et l’étreint, non pour la révérer, mais pour la châtier encore, pour resserrer sur les hautes jambes de l’ange son nuage, assagir quelque expansion de tulle… Fougueuse humilité d’un corps devant sa besogne préférée ! Chanel est ainsi pareille, les reins tendus, les pieds repliés sous les cuisses, à la lavandière prosternée qui bat le linge, aux dures ménagères, entraînées, jour après jour et vingt fois le jour, à de prestes génuflexions de nonnes… Cet entraînement professionnel du corps la laisse mince, un peu creusée par la fatigue. Elle m’offre en ce moment une nuque dévorée de cheveux noirs, qui croissent avec une vigueur végétale. Elle parle en travaillant, bas, d’une voix contenue exprès. Elle parle, elle enseigne et reprend, avec une sorte de patience exaspérée. Je distingue des mots réitérés, chantonnés comme des motifs musicaux essentiels : « J’ai horreur des petits machins… Combien de fois faudra-t-il redire que l’ampleur amincit ? Je ne me lasserai pas de redire… Appuyez là, donnez de l’aisance ici… Non, pas de petits machins sur un tissu qui se défend tout seul… Appuyez ici, lâchez à partir de là… Non, n’étriquez pas… Je ne me lasserai pas de redire… »
Cette douceur, que Chanel exige — et obtient — d’elle-même, me surprend plus que son autorité, car j’ai lu sur son visage ce qui est le plus lisible : deux longs sourcils noirs qu’elle n’épile point, despotiques, aptes à se joindre, se hausser, s’abaisser — surtout s’abaisser ! — tressaillant chaque fois que la touffe de cheveux dansante les agace… De ces sourcils l’attention descend à la bouche, mais là je ne décide pas si aisément, car à l’instant de la concentration et du mécontentement le milieu du visage devient, semble-t-il, concave, aspiré du dedans, retiré sous l’auvent du sourcil, sous la volute noire des cheveux. Ce n’est qu’un instant, mais de mutisme total, de retraite farouche, une pétrification éphémère à laquelle la bouche échappe soudain — lèvres flexueuses, aux coins tristes, impatientes, domptées, punies par des dents coupantes…
L’ange mannequin est parti. Un autre séraphin roux l’a remplacé, et s’en va. Puis c’est une sorte de déité, gominée, si j’ose écrire, tellement qu’elle semble avoir chu du ciel, la tête la première, dans un tonneau de mélasse… À chaque céleste passante Chanel rêve d’attacher quelque séduction terrestre, car j’entends la voix basse et obstinée : « Enlevez ces petits machins. Ne chargez pas ce décolleté… Je veux voir le poignet, le cou… Tenez, regardez ce que je fais… Je ne me lasserai pas de redire… »
Une pause m’éveille. Mademoiselle Chanel se repose debout comme les chevaux de sang, mange de même et goûte d’un petit pain, faisant à coups de dents voler — ainsi disaient nos pères — les miettes au plafond.
Deux sombres feux » sous la touffe drue, vont darder enfin vers moi, je pense, l’humeur gaie du petit taureau noir en récréation… Non. Pas encore. Car Chanel, déposant son pain-flûte, manie amoureusement un cuir d’antilope, mol et gratté, poncé, fondant, et sa doublure de fourrure plus suave encore :
— C’est pour moi, ça, c’est pour moi ! Enfin, un vêtement pour moi ! Oh ! que ça va être bon d’avoir si chaud ! Un bon vêtement fourré bien léger » bien clos…
Elle ferme les yeux et serre contre sa joue, d’un geste exclusivement féminin, la fourrure rase et sa fauve odeur, et j’évoque à voix haute la promenade ralentie en plein air hivernal, le demi-sommeil en voiture, sous le manteau d’antilope. Les paupières fermées dévoilent brusquement deux prunelles couleur de granit pailleté, couleur d’eau montagnarde au creux d’une roche ensoleillée, et Mademoiselle Chanel rembarre net mes suggestions de paresse emmitouflée :
— Ça ? C’est pour aller chasser le sanglier."
COLETTE
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1959 : Coco Chanel "Les femmes sont toujours trop habillées" | Archive INA
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Où le bât blesse...
UN PLAISANT,
C’était l’explosion du nouvel an : chaos de boue et de neige, traversé de mille carrosses, étincelant de joujoux et de bonbons, grouillant de cupidités et de désespoirs, délire officiel d’une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort.
Au milieu de ce tohu-bohu et de ce vacarme, un âne trottait vivement, harcelé par un malotru armé d’un fouet.
Comme l’âne allait tourner l’angle d’un trottoir, un beau monsieur ganté, verni, cruellement cravaté et emprisonné dans des habits tout neufs, s’inclina cérémonieusement devant l’humble bête, et lui dit, en ôtant son chapeau : « Je vous la souhaite bonne et heureuse ! » puis se retourna vers je ne sais quels camarades avec un air de fatuité, comme pour les prier d’ajouter leur approbation à son contentement.
L’âne ne vit pas ce beau plaisant, et continua de courir avec zèle où l’appelait son devoir.
Pour moi, je fus pris subitement d’une incommensurable rage contre ce magnifique imbécile, qui me parut concentrer en lui tout l’esprit de la France.
Baudelaire
Petits poèmes en prose
Être ange c’est étrange
Être Ange
C’est Étrange
Dit l’Ange
Être Âne
C’est étrâne
Dit l’Âne
Cela ne veut rien dire
Dit l’Ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
étrâne est plus étrange qu’étrange
dit l’Âne
Étrange est !
Dit l’Ange en tapant du pied
Étranger vous-même
Dit l’Âne
Et il s’envole.
Jacques PRÉVERT
Recueil : "Fatras"
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L'âne portant des reliques - Fables de JEAN DE LA FONTAINE par Thierry PETEAU
Livre V, fable 14 de La Fontaine dans la prononciation et la gestuelle codifiée d'après les traités de déclamation de l'époque #fable #jeandelafontaine #humour #declamation #poesiefrançaise ...
Un vin chaud ?
Coup de soleil, choc voluptueux, illumination des papilles neuves ! Ce sacre me rendit à jamais digne du vin. Un peu plus tard j'appris à vider mon gobelet de vin chaud, aromatisé de cannelle et de citron, en dînant de châtaignes bouillies. A l'âge où l'on lit à peine, j'épelai, goutte à goutte, des bordeaux rouges anciens et légers, d'éblouissants Yquem. Le champagne passa à son tour, murmure d'écume, perles d'air bondissantes ; à travers des banquets d'anniversaire et de première communion, il arrosa les truffes grises de la Puisaye... Bonnes études, d'où je me haussais à l'usage familier et discret du vin, non point avalé goulûment, mais mesuré dans des verres étroits, absorbé à gorgées espacées, réfléchies. "
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La maison-livre de Colette - Saint-Sauveur-en-Puisaye 1873 - 1954
Découvrez comment la Maison de Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye a façonné l'œuvre et la vie de l'une des plus grandes écrivaines françaises, de l'enfance au couronnement littéraire. Entre...
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