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Articles récents

Chair cerise

28 Juin 2025

Rothko

Rothko

 

Sur le satin cerise
Nous nous sommes aimés
Puis
Nous nous sommes perdus
Et
Dans les ombres
Nous nous sommes  cherchés
Mais les ombres sont les ombres
Le temps cerise a passé
Alors
Nous avons marché
Marché
Dans les feuilles mortes
Et
Enivrés
Nous avons écrit
La chair du rouge

 

Anny C.

 

Enivrez-vous
 

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

 

Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris (Petits Poèmes en Prose), 1869

 

 

Chair cerise
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Par malice et souvenir

27 Juin 2025

Claire Brétécher

Claire Brétécher

 

         "Elle avait une insolence et une indolence mêlées extrêmement efficaces."

             Catherine Meurisse

Par malice et souvenir
Par malice et souvenir
Par malice et souvenir
Par malice et souvenir
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Songe,songe...

26 Juin 2025

 

 

Songe, songe...

Vrai tableau dadaïste ou film surréaliste, ce rêve me hante en images fixes ou scènes en mouvement.  

Ça commence avec cette sensation de chute que nous avons parfois au bord du sommeil.

Il y a du rouge sur des murs comme des taches et des formes outrenoir auxquelles je m’accroche pour remonter un escalier informel auquel sont suspendus des téléphones! Je me vois téléphoner mais personne ne me répond et je me retrouve blessée dans un hôpital, mais je ne souffre pas. J'entends une musique suave qui me berce comme elle bercerait un enfant. Je n'ai pas peur mais je me sens tout à coup vivement projetée en haut d’un échafaudage avec vue plongeante sur des va et vient ; je domine la situation en me disant qu’il a dû se passer un événement mais je ne sais pas lequel. J' ai la sensation d’habiter « partout » et de me sentir bien « partout » d'ailleurs ! Je croise des gens, des amis, des inconnus, c’est comme si je traversais des tableaux de Magritte. Tantôt je suis au bord de la mer, des mouettes volent et crient, tantôt je suis en ville dans des halles colorées et vivantes, tantôt je suis à la montagne dans des forêts avec des enfants que j' aime et qui dansent. 

Juste avant de me réveiller, je me vois en train d’écrire un mot dont je ne ne suis plus sûre et qui commence par un P. 

Au réveil, j'ai l'étrange sensation d' avoir perdu pied.

 

Anny C.

( in Ondes traversières, inédit )

 

 
 
 






 
Memory/Magritte

Memory/Magritte

"(...)
¿Qué es la vida? Un frenesí.
¿Qué es la vida? Una ilusión,
una sombra, una ficción,
y el mayor bien es pequeño:
que toda la vida es sueño,
y los sueños, sueños son.
"
 
La vida es sueno
 
Collage 1966/Magritte

Collage 1966/Magritte

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Avec ses convictions

25 Juin 2025

"NE COPIEZ JAMAIS" 

Jean Nouvel

« L’architecture m’a cueilli dans ma prime jeunesse, dans ma ville médiévale dont le nom, Sarlat, était difficile à lire au milieu des cartes noires symbolisant les bois drus des forêts du Périgord noir. C’était une architecture de surprises faite de ruelles pour se cacher, pour se courser, de remparts pour se percher, faite de textures de toits et de murs, de lourdes pierres plates aux subtiles nuances de gris cendré réchauffées par le soleil ou approfondies par la pluie. Alors, j’ai voulu entrer aux Beaux-Arts pour jouer et me perdre avec ces situations, celles des matières, des lumières, des nuances… On n’est pas né dans la ville d’Étienne de La Boétie et dans le pays de d’Artagnan pour oublier ses convictions, mais au contraire pour les défendre bec et ongles et pour dire non à la maladie du style international parachuté qui, aux Beaux-Arts, s’imposait sur tous les projets étudiés sans aucun contexte géographique ou culturel… »

Dès ses débuts, Jean Nouvel élabore une vision de son art dans la cité et compose des textes qui sont autant de contributions à une pensée humaniste. Soucieux depuis cinquante ans des enjeux de l’architecture, il pose sans relâche la question philosophique et politique : l’art de l’architecture peut-il permettre à chacun de vivre mieux et à tous de vivre ensemble ? Associant réflexions théoriques, prises de parole, textes poétiques, visions pour des projets, Mes convictions constitue la révélation d’une pratique littéraire continue, demeurée largement secrète et désormais rendue publique. (4ème de couv)

 

 

Avec ses convictions
Avec ses convictions
HOTEL/DESERT/AL ULA

HOTEL/DESERT/AL ULA

                     "La vie est suspendue entre les souvenirs et l'oubli "  Borgès

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"Le levain de la métamorphose"

24 Juin 2025

Prenez un mot

Prenez en deux...écrivait Raymond Queneau et Philippe Jaccottet l'a fait:

 

Prendre un peu de temps pour aller à leur rencontre:

« Je me souviens qu’un été récent, alors que je marchais une fois de plus dans la campagne, le mot joie, comme traverse parfois le ciel un oiseau  que l’on n’attendait pas et que l’on n’identifie pas aussitôt, m’est passé par l’esprit et m’a donné, lui aussi, de l’étonnement. Je crois que d’abord, une rime est venue lui faire écho, le mot soie ; non pas tout à fait arbitrairement, parce que le ciel d’été à ce moment-là, brillant, léger et précieux comme il l’était, faisait penser à d’immenses bannières de soie qui auraient flotté au-dessus des arbres et des collines avec des reflets d’argent, tandis que les crapauds toujours invisibles faisaient s’élever du fossé profond, envahi de roseaux, des voix elles-mêmes, malgré leur force, comme argentées, lunaires. Ce fut un moment heureux ; mais la rime avec joie n’était pas légitime pour autant.
Le mot lui-même, ce mot qui m’avait surpris, dont il me semblait que je ne comprenais plus bien le sens, était rond dans la bouche, comme un fruit ; si je me mettais à rêver à son propos, je devais glisser de l’argent (la couleur du paysage où je marchais quand j’y avais pensé tout à coup) à l’or, et de l’heure du soir à celle de midi. Je revoyais des paysages de moissons en plein soleil ; ce n’était pas assez ; il ne fallait pas avoir peur de laisser agir le levain de la métamorphose. Chaque épi devenait un instrument de cuivre, le champ un orchestre de paille et de poussière dorée ; il en jaillissait un éclat sonore que j’aurais voulu dire d’abord un incendie, mais non : ce ne pouvait être furieux, dévorant, ni même sauvage. (Il ne me venait pas non plus à l’esprit d’images de plaisir, de volupté.) J’essayais d’entendre mieux encore ce mot (dont on aurait presque dit qu’il me venait d’une langue étrangère, ou morte): la rondeur du fruit, l’or des blés, la jubilation d’un orchestre de cuivres, il y avait du vrai dans tout cela ; mais il manquait l’essentiel : la plénitude, et pas seulement la plénitude (qui a quelque chose d’immobile, de clos, d’éternel), mais le souvenir ou le rêve d’un espace qui, bien que plein, bien que complet, ne cesserait, tranquillement, souverainement, de s’élargir, de s’ouvrir, à l’image d’un temple dont les colonnes (ne portant plus que l’air ainsi qu’on le voit aux ruines) s’écarteraient à l’infini les unes des autres sans rompre leurs invisibles liens ; ou du char d’Elie dont les roues grandiraient à la mesure des galaxies sans que leur essieu casse.
Ce mot presque oublié avait dû me revenir de telles hauteurs comme un écho extrêmement faible d’un immense orage heureux. Alors, à la naissance hivernale d’une autre année, entre janvier et mars, à partir de lui, je me suis mis, non pas à réfléchir, mais à écouter et recueillir des signes, à dériver au fil des images ; comprenant, ou m’assurant paresseusement, que je ne pouvais faire mieux, quitte à n’en retenir après coup que des fragments, même imparfaits et peu cohérents, tels, à quelques ratures près, que cette fin d’hiver me les avait apportés – loin du grand soleil entrevu."

Philippe Jaccottet, A la lumière d’hiver, Poésie Gallimard, p 119-122

 

"Le levain de la métamorphose"
Van Gogh

Van Gogh

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PREND SON POULS

22 Juin 2025

(...)

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.

Paul Verlaine, Jadis et Naguère (1885)

PREND SON POULS
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Une folie!

20 Juin 2025

Escapade au château de Mongenan à Portets/Garonne (33), une "folie" créée au Siècle des Lumières à Portets, dans l'Entre-deux-Mers. Le château de Mongenan, entouré d'un jardin botanique, a été construit en 1736, à la demande d'Antoine de Gascq, président du parlement de Guyenne. Le baron y accueillit des personnalités comme Montesquieu, venu en ami et voisin, mais aussi Rousseau qui réalisa un herbier remarquable toujours visible sur le domaine. Ce monument historique privé offre une autre curiosité : le seul temple franc-maçon datant du XVIIIème siècle.

C'est l'historienne, journaliste et écrivain Florence Mothe, descendante d'Antoine de Gasq, qui fait visiter la propriété familiale. Elle y organise des conférences toutes les semaines.

 

 

 

J J ROUSSEAU

J J ROUSSEAU

 
 
l [Jean-Jacques Rousseau] s'attachait plus à faire de jolis herbiers qu'à classer et caractériser les genres et les espèces. Il employait un temps et des soins incroyables à dessécher et aplatir les rameaux, à étendre et déployer de petits feuillages, à conserver aux fleurs leurs couleurs naturelles : de sorte que, collant avec soin ces fragments sur des papiers qu'il ornait de petits cadres, à toute la vérité de la nature, il joignait l'éclat de la miniature et le charme de l'imitation.

Jean-Jacques Rousseau, Rousseau juge de Jean-Jacques, Dialogues, OC, t.1, p.643.

Mongenan

Mongenan

 
 
"Fucus ou mousse marine. C'est une sorte de varec [algue]. J'ai mis ici cet échantillon pour donner une idée des plantes qui viennent dans la mer, car il est maintenant bien reconnu que le corail, les éponges, les madrepores, ne sont pas des plantes mais des productions animales, en l'ouvrage des polypes."

Transcription issue du Petit Herbier de Jean-Jacques Rousseau à Madame Julie Broy-de-la-Tour, 1772, Zentralbibliothek de Zurich (VAR 12, [10] 4r).

 

Une folie!
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INSIDIEUSEMENT,

19 Juin 2025

LES TRANSFORMATIONS SILENCIEUSES

Elles coulent, coulent, coulent...

De fil en aiguille les choses bougent, elles changent, l'enfant  grandit, l'amour  se transforme, le climat varie, le corps vieillit etc...et on n'a rien vu venir.

Pourtant, un jour on est devant une autre réalité qui est venue à pas de loup.

François Jullien a l'art de regarder au microscope ou au télescope comme Proust l'a fait, ces modifications, avec le temps!

"A partir de ce constat, aussi banal que philosophique, François Jullien  montre en effet combien "les transformations silencieuses" constituent ce que la métaphysique européenne a le plus de mal à saisir, alors que la culture chinoise leur accorde, au contraire, une attention soutenue. Depuis les Grecs, l'Occident a privilégié les délimitations : il pense par arêtes vives, par bords tranchés, par formes nettes, par idées "claires et distinctes", comme disait Descartes. Ce qui le rend inapte, en fin de compte, à concevoir les transitions, le passage graduel d'une forme à une autre."(Le Monde)

François Jullien

François Jullien

"Basile :

La calomnie, monsieur !
J'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés.
Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien ; et nous avons ici des gens d'une adresse !
D'abord un bruit léger, rasant le sol comme l'hirondelle avant l'orage pianissimo, murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné.
Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement.
Le mal est fait ; il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis, tout à coup, je ne sais comment, vous voyez la calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil.
Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription.
Qui diable y résisterait ?"

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VOLTAIRIEN

18 Juin 2025

VOLTAIRIEN

« Craignons toujours les excès où conduit le fanatisme. Qu'on laisse ce monstre en liberté, qu'on cesse de couper ses griffes et de briser ses dents, que la raison si souvent persécutée se taise, on verra les mêmes horreurs qu'aux siècles passés ; le germe subsiste : si vous ne l'étouffez pas, il couvrira la Terre. »

VOLTAIRE

VOLTAIRE

 

 

Avis au public sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven

VOLTAIRIEN
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Comme une ritournelle,

17 Juin 2025

Comme une ritournelle,

Quel joli nom pour elle, la RITOURNELLEen résonance avec la musique depuis le XVIIIe siècle et les chansons
enfantines et populaires présentes chez Mozart, Schumann, Brahms et Moussorgski
jusqu’aux rondes printanières chez Stravinsky... chez Ravel...

Et voilà qu'avec Deleuze et Guattari la ritournelle devient un concept philosophique, ce que Deleuze a dénommé la « répétition du différent ».

Tout comme le chant des oiseaux, la ritournelle a une dimension territorialisante et contribue à la constitution d’un « chez soi » pour un individu ou un groupe : un enfant qui chantonne dans le noir esquisse un centre stable et calme, un espace habitable au sein des forces menaçantes du chaos.  Elle est "une petite machine assez complexe, qui engage  la transformation d'un état fermé vers une variation et une ouverture, une transformation."(Pascale Citron). cf "Mille Plateaux" Deleuze et Guarrari

"Le Boléro tend vers la prophétie" dit JMG Le Clezio

Une course avant le saut, le galop?

Un élan vital sans cesse répété dans ses variations?

Un entraînement?

Bien plus qu'une rengaine?

La ligne mélodique qui accompagne...une émotion, son territoire?

Des variations avec ses refrains...

sans aucun doute,

 la ritournelle!

Le Philosophe, Rembrandt, quand la pensée monte vers le haut

Le Philosophe, Rembrandt, quand la pensée monte vers le haut

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